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10 mars 2020 2 10 /03 /mars /2020 05:30

 

L'INFO n° 1 303

 

 

 

UNADIF - FNDIR

 

 

Pour répondre à de nombreuses demandes d'internautes, voici la liste des journées nationales et cérémonies officielles :

 

 

JOURNEES NATIONALES & CEREMONIES OFFICIELLES

 

 

Photo d'illustration D.R.

Photo d'illustration D.R.

 

11 MARS La journée nationale d’hommage aux victimes du terrorisme * (décret n° 2019-1148 du 7 novembre 2019)

 

 

19 MARS La journée nationale du souvenir et de recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d'Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc *

 

 

DERNIER DIMANCHE D'AVRIL La journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la Déportation (loi n° 54-415 du 14 avril 1954)

 

 

8 MAI La commémoration de la victoire du 8 mai 1945 et de la libération des camps de concentration * (loi n° 81-893 du 2 octobre 1981)

 

 

9 MAI Journée de l’Europe (commémoration de la Déclaration Schuman du 9 mai 1950)

 

 

10 MAI Commémoration annuelle en France métropolitaine de l’abolition de l’esclavage

 

 

DEUXIEME DIMANCHE DE MAI La fête nationale de Jeanne d'Arc, fête du patriotisme (loi du 10 juillet 1920)

 

 

27 MAI La journée nationale de la Résistance * (loi n° 2013-642 du 19 juillet 2013)

 

 

8 JUIN La journée nationale d'hommage aux "morts pour la France" en Indochine * (décret n° 2005-547 du 26 mai 2005)

 

 

18 JUIN La journée nationale commémorative de l'appel du général de Gaulle, le 18 juin 1940, à refuser la défaite et à poursuivre le combat contre l'ennemi * (décret n° 2006-313 du 10 mars 2006)

 

 

14 JUILLET Fête nationale

 

 

16 JUILLET OU DIMANCHE QUI SUIT La journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l'État français et d'hommage aux "Justes" de France * (décret n° 93-150 du 3 février 1993)

 

 

25 SEPTEMBRE La journée nationale d'hommage aux Harkis et autres membres des formations supplétives * (décret du 31 mars 2003)

 

 

1er NOVEMBRE Cérémonie à la mémoire et à la glorification des héros morts pour la Patrie (loi du 25 octobre 1919)

 

 

11 NOVEMBRE Commémoration de la Victoire et de la Paix, jour anniversaire de l’armistice du 11 novembre 1918, et hommage rendu à tous les morts pour la France * (loi du 26 octobre 1922)

 

 

5 DECEMBRE Journée nationale d’hommage aux « morts pour la France » pendant la guerre d’Algérie et les combats du Maroc et de la Tunisie * (décret n° 2003-925 du 26 septembre 2003)

 

 


* Un message du secrétaire d'Etat en charge des Anciens Combattants et de la Mémoire est diffusé à l'occasion des journées nationales suivies d’un (*), pour être lu lors des cérémonies.

 

 

S’y ajoutent la cérémonie d’hommage à Jean Moulin, au Panthéon à Paris, le 17 juin, jour anniversaire de son premier acte de résistance, ainsi que les autres commémorations qui s'inscrivent le plus souvent dans des « cycles mémoriels », tels que le centenaire de la Première Guerre mondiale (2014-2018) ou le 80ème anniversaire de la Seconde Guerre mondiale (2019-2025), ou encore le 1er ou le 2 novembre de chaque année, une cérémonie est également consacrée, dans chaque commune, à la mémoire et à la glorification des héros morts pour la Patrie, conformément aux termes de la loi du 25 octobre 1919 relative à la commémoration et à la glorification pour la France au cours de la Grande Guerre.

 

 

Gérard Bocquery Secrétaire général adjoint

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2 mars 2020 1 02 /03 /mars /2020 05:30

 

L'INFO n° 1 301

 

 

Service international de Recherche

 

ITS de Bad Arolsen

 

 

Près de 50 millions de documents sur 17,5 millions de personnes victimes du nazisme :

internés, déportés, prisonniers, raflés, otages...

 

85% des documents ont été numérisés et sont consultables en un clic

 

En 2025 ce sera la totalité qui sera alors en ligne.

image d'illustration

image d'illustration

 

Regardez cette vidéo :

 

Message de Agnès Perrot-Isquin, fille de François Perrot, Déporté-Résistant :

 

" Le site internet de AROLSEN ARCHIVES est très simple d'utilisation et permet d'avoir un accès immédiat aux documents concernant chaque déporté.

Il suffit de taper le nom de la personne concernée et, en un seul clic, les documents originaux numérisés apparaissent et sont facilement enregistrables.

C'est un outil extraordinaire !

J'ai moi-même fait cette recherche sur leur site et j'ai ainsi pu retrouver en 3 minutes les papiers de mon père, François PERROT, à Buchenwald.

Il y a même une photo datant de son arrivée au camp.

C'est tellement émouvant de se trouver face à cela.

Je n'ai qu'un seul regret, c'est qu'il n'ait pas pu les voir.

J'encourage vivement tous les enfants ou familles de déportés à faire cette démarche ".

 

 

Message de Jean-Philippe Lampin, fils de Serge Lampin, Déporté-Résistant :

 

" Merci mille fois à Agnès Perrot et à Gérard Bocquery.

Je viens en effet de scanner les documents concernant mon père, Serge, remplis, d'abord à l'arrivée au Struthof, puis à Dachau quand il rentré - un peu avant la libération du camp - en provenance de Dautmergen, puis Vaihingen.

C'est autant hallucinant par la netteté des documents que bouleversant !

Je vais transmettre les éléments au reste de ma famille, ceci, hasard du destin, 9 ans tout juste après son décès ! "

 
 
 
 
 

#UNADIF #FNDIR

 

#UNADIFFNDIR

 

#CAMP #CONCENTRATION #DEPORTATION #INTERNEMENT #DOCUMENTS #ARCHIVES #FICHES #FICHIERS #AROLSEN #RECHERCHE #INTERNATIONALE #SERVICE

 

Accéder aux documents :

 

 

 

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18 janvier 2020 6 18 /01 /janvier /2020 07:00

 

L'INFO n° 1 290

 

 

UNADIF - FNDIR

 

 

NOËL 1943 à MAUTHAUSEN

 

 

" Dix sept heures. La nuit tombe.

 

Les projecteurs surmontant les miradors s’allument de tous leurs feux. Leurs faisceaux lumineux cherchent péniblement à percer le brouillard qui s’épaissit de minute en minute.

 

L’appel se prépare.

 

Nos camarades exténués rentrent du travail transis de froid. La relève s’organise.

 

A notre tour, il faudra tenir douze heures dans " la nuit et le brouillard " ...

 

Tels de véritables spectres, qu’à la limite le vent aurait pu jeter à terre, nous quittons péniblement nos Blocks pour nous diriger vers la place d’appel.

 

En effet la surveillance SS a pour impératif de comptabiliser les effectifs, voire les fantômes...

 

Nous avons l’habitude hélas de cet exercice rythmé deux fois par jour.
Dans l’attente du commandant du camp et de son état-major, hébétés, vacillants, alignés par rangées de dix, nous dormons à demi.

 

Soudain, les illuminations d’un grand sapin nous réveillent. Qu’est-ce à dire ?

 

Le Grand Reich, l’Allemagne nazie toute entière tiennent à nous rappeler que dans la joie nous devons fêter Noël.

 

Une chorale composée de Russes et de Polonais s’époumone.

 

Les SS emmitouflés, chaudement bottés devisent entre eux. Rieurs, ils semblent satisfaits ; nous doutons de leur sincérité...

 

Et nous avons raison, car ils cherchent à briser le peu de moral qui reste en nous.
A la limite, il nous faudrait applaudir " les chœurs " à deux mains, alors que de rage nous aurions tendance à garder les poings serrés.

 

La campagne de REDL-ZIPF a revêtu son manteau blanc. Pas un bruit, pas un son sur le chemin, seul le bruit de nos galoches résonne sèchement sur la neige verglacée.

 

Et c’est dans un silence impressionnant que la colonne s’ébranle sous les bourrasques de vent vers la montagne en cette " douce nuit de Noël "
Avec mon père et quelques camarades, nous devons construire une murette près de cette fameuse plate-forme en béton ; tels sont les ordres du Meister autrichien moins arrogant qu’à l’ordinaire.


Voudrait-il respecter la trêve, à moins qu’il regrette de ne pouvoir assister avec sa famille à la messe de minuit...

 

Quant à nous, nous profitons de ce relâchement pour mettre le minimum de ciment entre les briques, avec l’espoir que notre travail ne soit pas considéré comme sabotage lors d’un prochain contrôle.

 

Le froid cependant nous pénètre, impossible de freiner la cadence car le vent et la bise nous obligent à accélérer le rendement pour ne pas friser l’hibernation...

 

Pour une fois les aboiements gutturaux de nos gardiens se font plus discrets, les fusils dans les miradors se taisent et la ronde des matraques n’est pas endiablée comme à l’accoutumée.

 

Allons nous enfin bénéficier de cette " Sainte nuit "... où plane une certaine nostalgie dans les rangs des SS privés d'une permission ?

 

Non, nous rêvons, nous nous sommes trompés une fois de plus car le sadisme et l’horreur reprenaient bien vite leurs droits suivant la tradition.

 

Brusquement la nuit rompt son silence ; au loin nous entendons les cloches de Minuit ; leurs tintements argentins arrivent jusqu’à nous.

 

Ce n’est pas possible, un message de paix et d’espérance pourrait-il encore parvenir aux hommes de bonne volonté que nous sommes ?

 

Mon père, les larmes aux yeux m’embrasse ; avec les camarades du kommando nous échangeons des paroles de réconfort en nous gardant bien d’évoquer les " menus de Réveillon " tant la faim nous tenaille les entrailles.

 

C’est alors que pour me réchauffer, je m’enfonce à l’intérieur de la galerie.

 

J’ai un petit recoin bien à moi, à l’abri des indiscrétions que j’affectionne particulièrement...

 

Je m’y crois tranquille et brusquement dans la pénombre, un homme ne portant pas l’habit de bagnard me frôle.

 

A voix basse, il m’interpelle : " Je suis prisonnier de guerre, dépendant du stalag d’Attnam-Pucheim ;
j’habite dans le Nord de la France. Et toi, d’où es-tu ?

 

De Normandie, je réponds.

 

Mon pauvre, dans quel état tu es.

 

Ces paroles en d’autres temps m’aurait réconforté, mais en prison j’ai appris à me méfier " des moutons ".
Il s’en rend compte et cherche à gagner ma confiance.

 

- Je m’appelle Joseph DELHUVENNE . Prends ce quignon de pain . Tu en auras un autre demain.

 

As-tu pu correspondre avec ta famille ? Si tu veux , je peux leur donner de tes nouvelles.

 

La proposition est alléchante, mais les risques énormes. Il est interdit de parler aux civils et si j’échoue, c’est la pendaison haut et court.

 

Et pourtant annoncer à ma fiancée, aujourd’hui ma femme, que tout va bien, que je suis vivant serait pour ELLE mon CADEAU DE NOEL.

 

Nous chuchotons car je ne tiens pas à me faire repérer. De toute façon ma décision est prise : je ferai passer une lettre à ma famille.

 

Je suis physiquement épuisé, le moral pour moi est au plus bas. J’ai besoin d’oxygène familial pour une opération " survie ".


J’ai confiance en Joseph. Il enverra ma lettre en France occupée et recevra des nouvelles des miens, qu’il me fera parvenir.
Pour moi , je ne puis encore y croire.

 

J’en parle à mon père qui de par sa grande maturité, ne me cache pas ses craintes sur la décision que je viens de prendre.

 

Le matin, le coeur joyeux, je rentre au camp. Une soupe un peu plus épaisse nous sera servie . Elle sera accompagnée de coups distribués avec prodigalité par le chef du block polonais, façon sans doute pour lui de fêter Noël.


Qu’importe, je m’ endors sur ma paillasse rêvant à cette " douce nuit " où dans une sombre galerie , j’ai rencontré " LE PERE NOËL ".

 

Le lendemain dans mon souterrain, je retrouve Joseph. Il a tenu sa promesse de me revoir.
Il me fournit un crayon et du papier. C’est en cet endroit que j’écrirai ma première lettre.

 

J’en avais appris la veille le texte par coeur afin d’en accélérer la rédaction d’autant plus qu’en quittant le camp " la fouille " est toujours à craindre.
Dans cette missive, j’y associe trois camarades : Michel, Marcel et Gérard ; leurs familles auront aussi de leurs nouvelles.

 

Cette lettre a bien passé la frontière. Ma fiancée l’a reçue ; nous la conservons aujourd’hui comme une relique.

 

Quinze jours après, Joseph me remettait la réponse de ma fiancée. J’ai pleuré sur sa lettre mais je n’ai pas osé la ramener au camp pour la faire lire à mon père, toujours par crainte de la fouille.


Dans ma cachette, alors que mes camarades montaient une garde vigilante, je l’ai apprise par coeur une grande partie de la journée et le soir je la récitais à mon père, heureux d’avoir pu tromper l’étroite surveillance des SS.

 

 

 

©Jacques Henriet, Déporté-Résistant, a publié ce texte en 2001.

 

 

 

#UNADIF            #FNDIR              #UNADIFFNDIR

 

 

 

Entrée du KL Mauthausen

Entrée du KL Mauthausen

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2 décembre 2019 1 02 /12 /décembre /2019 06:00

 

L'INFO n° 1 280

 

 

Les archives Arolsen viennent de mettre à disposition sur leur site environ 850 000 documents concernant 10 millions de personnes persécutées par les nazis.

Ce fonds situé à Bad Arolsen, dans le centre de l’Allemagne, et en partie classé par l'Unesco, est le plus complet sur ces persécutions.

 

Depuis mardi 19 novembre 2019, la base unique au monde des archives Arolsen est très largement enrichie. Elle propose un nouvel accès à des centaines de milliers de documents après une première mise en disposition en mai dernier. Il suffit de rentrer un nom dans le moteur de recherche de ce fonds (anciennement appelé "ITS") pour obtenir le détail des persécutions nazies sur des millions de personnes. Avec notamment la présentation des fiches jaunies correspondant aux dates de l’arrestation d’une personne déportée, son enregistrement en camp de concentration ou son exécution. Les descendants des victimes de la Shoah peuvent ainsi, de l’autre bout du monde, connaître la destinée tragique de leurs aïeux. 

 

 

850 000 documents concernant 10 millions de personnes

 

Environ 850 000 nouveaux documents sur des victimes du nazisme ont été mis en ligne le 19 novembre 2019 par le S.I.R, le Service international de recherches ou archives Arolsen. Concernant 10 millions de personnes, ils proviennent du secteur d’occupation américain en Allemagne. Ils ont été collectés à la fin de la guerre dans les administrations ou les entreprises qui employaient les travailleurs forcés. À l'hiver 1945/46, les quatre puissances occupantes avaient en effet donné des ordres aux communautés allemandes, aux entreprises, à la police et à d'autres institutions pour créer des listes d'étrangers, de juifs allemands et d'apatrides enregistrés auprès d'eux. Cela comprenait des précisions sur les lieux de sépulture.

 

Ces données constituent aujourd'hui une source précieuse d’informations pour les familles ou les chercheurs. Dans le communiqué lié à cet évènement, Rebecca Boehling, directrice par intérim de l'Institut national de l'Holocauste (US Holocaust Memorial Museum), souligne l'importance de cette nouveauté : 

" La zone d'occupation américaine étant la plus grande zone alliée, le nombre de personnes persécutées par le régime nazi qui ont été enregistrées à la fin de la guerre est d’une importance extraordinaire pour la recherche des personnes disparues et pour en savoir plus sur les voies de persécution des victimes et des survivants. "

 

Les archives Arolsen expliquent avoir obtenu pour cette prouesse technique le soutien d'Ancestry, la plus grande plateforme de recherche généalogique en ligne au monde. 

 

 

Un fonds unique avec des documents classés au patrimoine documentaire mondial de l'Unesco "Mémoire du monde"

 

Créé à la fin de la Seconde Guerre mondiale pour "œuvre[r] en faveur des victimes des persécutions nazies et de leurs familles en établissant leur sort à l'aide de ses archives", le Service international de Recherches de Bad Arolsen (dans la Hesse) est régi depuis 1955 par des accords internationaux, racontent les Archives nationales de France. La France est en effet partie prenante car "selon ces accords, une Commission internationale, composée de représentants de 11 pays, dont la France, définit les missions du SIR et nomme son directeur". Et en 2006, "les représentants des 11 États membres de la Commission ont décidé l'ouverture des archives du SIR à la recherche historique et la possibilité, pour les États membres, de disposer d'une copie numérique de ces archives. C'est ainsi que la France a demandé et obtenu une copie, déposée aux Archives nationales."

 

Longtemps appelée "ITS" (pour International Tracing Service), l'institution a commencé à rendre accessible ses pièces sur internet en mai 2019 et, avec ses 240 employés, elle oeuvre sur la base de nombreux partenariats internationaux, dont un permanent avec l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA). 

 

 

50 millions de fiches sur 17,5 millions de victimes seront en ligne d'ici 2025

 

Les archives Arolsen représentent aujourd'hui un fonds de 27 kilomètres de linéaires ! Avec 50 millions de fiches sur 17,5 millions de victimes, que le service souhaite mettre en ligne dans son intégralité d’ici 2025. Une grande partie a été enregistrée par l'Unesco dans son Registre "Mémoire du monde", en 2013, et la prochaine publication sur internet concernera les documents collectés dans le secteur britannique d'occupation de l'Allemagne.

 

 

" Puisse ces archives, qui servent à racheter les victimes et leurs proches, rappeler à toutes les générations futures de ne plus jamais laisser un tel mal se reproduire sur l'humanité. "          

                    
Citation de l'acte de détermination tripartite initiant ces archives, le 20 août 1952

 

 

 

 

 

image d'illustration

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SOURCE :

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13 décembre 2018 4 13 /12 /décembre /2018 06:00

 

L'INFO n° 1 216

 

 

UNADIF - FNDIR

 

 

Service historique de la Défense

 

 

À vos claviers !

 

10 000 dossiers individuels de Résistants à découvrir !

 

Notre base de données des Résistants de la Seconde Guerre mondiale vient d'être mise à jour sur le site Mémoire des hommes.

 

Vous pourrez accéder à plus de 10 000 nouvelles références de dossiers individuels provenant de deux fonds d’archives nouvellement classés et conservés au Service historique de la Défense, au château de Vincennes.

 

 

Service historique de la Défense
Service historique de la Défense

Service historique de la Défense

 

Consultez sur le lien suivant la Base des "Titres, Homologations et Services pour Faits de Résistance"

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1 décembre 2018 6 01 /12 /décembre /2018 05:45

 

L'INFO n° 1 214

 

 

Le journal intime du nazi Heinrich Himmler retrouvé en Russie

 

Dans des archives militaires, en Russie, des documents essentiels pour l'Histoire du XXe siècle et la Seconde guerre mondiale ont refait surface. Des journaux intimes, écrits par Heinrich Himmler lui-même, qui en disent long sur l'un des personnages clé de la solution finale.

 

Dans la petite ville de Podolsk, au sud de la Russie, des historiens ont fait une importante découverte. Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, trois carnets composant le journal intime du dignitaire nazi Heinrich Himmler dormaient au fond d'un tiroir. Ils correspondent aux années 1938, 1943 et 1944, complétant ainsi les trois autres carnets, des années 39, 42 et 45, noircis par la plume d'Himmler lui-même.

 

En charge de l'analyse des carnets : l'Institut de recherche historique d'Allemagne, qui dévoilera l'année prochaine dans un livre, le contenu du journal intime, souligne le site Mashable, qui rapporte l'information.

Le journal intime d'Heinrich Himmler retrouvé en Russie

 

La vie quotidienne d'un bourreau nazi

 

 

Toutefois, le quotidien allemand Bild a d'ores et déjà publié plusieurs extraits du journal, sous forme d'épisodes, qui nous donnent déjà un aperçu de ce qu'a pu raconter Himmler, et apportent des informations précieuse sur la vie de tous les jours du bras droit d'Adolf Hitler.

 

 

Le chef de la police SS se révèle, à travers les pages, être un homme très occupé, qui jongle entre dîners avec des hauts dignitaires et exécutions de prisonniers. Ainsi, selon Mashable, plus de 1 600 rendez-vous seraient inscrits dans les carnets intimes d'Himmler. Plusieurs déjeuners ont d'ailleurs eu lieu pour le bourreau nazi, au camp de Dachau et de Buchenwald.

 

 

Les pages révèlent en effet qu'Himmler était personnellement très impliqué dans le massacre qu'il a opéré. Il n'était pas simplement le haut dignitaire qui se contente de donner des ordres. Il assistait personnellement à certaines exécutions, et il aurait également retranscrit dans son journal intime un échange avec un officier SS dans lequel il lui demandait d'entraîner des chiens à "déchirer les gens en mille morceaux à Auschwitz".

Heinrich Himmler

Heinrich Himmler

 

Plongée dans l'horreur

 

 

Le journal intime de celui qui fut l'un des plus importants responsables de la Shoah révèle sans surprise à quel point l'homme était cruel, et d'une froideur inhumaine. En 1943, en visite à Potsdam, il prononce un discours, dans lequel il dévoile ses ambitions avec un cynisme glaçant, dont Atlantico, rapporte un extrait : "Je parle de l'évacuation des juifs, de l'extermination du peuple juif. […] Cela fait partie de nos plans, nous éliminons les juifs, nous les exterminons… Une petite affaire".

 

Autre anecdote terrifiante, mais non moins surprenante du journal intime d'Himmler : il semblerait que ce dernier, aussi surprenant que cela puisse paraître, était sensible à la vue du sang. Il raconte alors comment il a failli tourner de l'oeil lorsqu'au cours d'une exécution de Juifs en Biélorussie, il a reçu un morceau de cervelle sur la veste.

 

 

 

 

Massages et rendez-vous avec sa maîtresse

 

 

Outre les détails insistant sur la cruauté déjà connue d'Heinrich Himmler, les journaux intimes lèvent également le voile sur des aspects plus personnels et privés de sa  vie. Il raconte, notamment au fil des pages, des soirées simples, à téléphoner à ses enfants, ou à regarder les étoiles. Il est également question de séances de massages, que son médecin personnel lui faisait, pour le détendre.

 

 

"La chose la plus intéressante pour moi est cette combinaison de père aimant et de meurtrier au sang-froid", selon Damian Imoehl, journaliste au Bild, qui a eu accès aux journaux intimes, explique Mashable. Il raconte aussi qu'Heinrich Himmler semblait d'être quelqu'un de très attentionné avec ses proches, notamment sa fille, sa femme et sa secrétaire, qui était également sa maîtresse. Heinrich Himmler s'est donné la mort en mai 1945, en avalant une capsule de cyanure, évitant ainsi la capture, et le procès terrible qui aurait suivi, s'il était resté en vie après la libération des camps de la mort, dont il était la clé de voûte.

 

 

Le bras droit d'Adolph Hitler, Heinrich Himmler

Le bras droit d'Adolph Hitler, Heinrich Himmler

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11 octobre 2018 4 11 /10 /octobre /2018 04:30

 

L'INFO n° 1 208

 

 

LA FRANCE SONNE LA PAIX !

 

Toutes les cloches doivent sonner pendant 11 minutes le 11 novembre à 11 heures.

 

TOUTES LES CLOCHES DE FRANCE A LA VOLEE POUR LA MEMOIRE !

 

 

 

 

 

 

La France sonne la Paix !
La France sonne la Paix !
La France sonne la Paix !

 

Le 11 novembre 2018, les cloches de France sonneront-elles à l’unisson pour la paix ?

 


Il y a bientôt 100 ans, le 11 novembre 1918, les armées alliées signent avec des représentants allemands dans la forêt de Compiègne un armistice. En clair, ils se mettent tous d'accord pour arrêter les combats de la Première Guerre à partir de 11 heures, pour au moins 36 jours.

 

C'est qu'ils avaient appris à être prudents les gars ! Ça faisait quand même 4 ans et 3 mois qu'on l’annonçait, la paix, et ça, à force, ça rend méfiant.

 

Dans chaque village de France, à 11 heures piles, les cloches sonnent à toute volée. Enfin ... quand l'église est encore debout !

 

Partout la joie explose, et on chante La Marseillaise à pleine gorge, jusque dans les tranchées. La Grande Guerre a déjà fait 9 millions de morts et 6 millions de blessés, souvent gravement mutilés.

 

Pour faire court, cette paix, tout le monde veut y croire, même si elle ne sera signée que le 28 juin 1919.

 

 

Presque 100 ans après l'armistice de 1918, une belle initiative a été lancée pour célébrer le retour de la paix : faire sonner à toute volée toutes les cloches de France ce 11 novembre 2018, à 11 heures, pendant 11 minutes. Comme en 1918.

 

Maires, conseillers municipaux, curés... A toutes celles et ceux qui peuvent le faire dans nos villes et surtout dans nos villages : le 11 novembre 2018 à 11 heures on célébrera le 100ème anniversaire du retour de la Paix.

 

Le 11 novembre 1918, les clairons du Front ont sonné l'armistice à 11 heures précises. Et en premier. Ils ont été très vite relayés par les cloches des églises partout en France.

 

Même si de nombreuses églises n'ont pas pu sonner, tout simplement parce qu'elles ont été détruites par les combats, dans l'Oise, dans l'Aisne, dans la Somme, autour de Verdun, dans la Meuse, dans les Vosges, en Argonne et j'en passe...

 

Il nous semblerait émouvant et juste de faire sonner toutes les cloches de France le 11 novembre 2018


100 ans après, jour pour jour et heure pour heure.

 

 

Parce que nos prédécesseurs ont entendu exactement la même chose : des milliers de clochers vibrants de joie.

 

Parce que ce serait justice de leur dire par delà le Temps que nous tenons à la Paix et que leur Mémoire est toujours vive.

 

Voilà...

 

Nous posons ça là. Ça peut faire un bide.

 

Mais je crois que c'est le genre d'initiative qu'on aime ici. Faire ensemble. Du mieux possible.

 

 

A partager si vous avez envie,
notamment auprès de celles et ceux que vous connaissez et qui peuvent non seulement relayer mais aussi faire en sorte que :

 

La France sonne la Paix !

 

Si votre commune participe, faites le savoir.
Nous le relaierons à notre tour.

 

 

La ville de Compiègne, Ville du Centenaire, le fera et invite toute la population à se regrouper sur la place de l'hôtel de ville dès 10h30 le 11 novembre prochain.

 

 

On a un mois pour se mettre en route.

 

 

Gérard Bocquery secrétaire général adjoint national de l'UNADIF ;
président départemental de l'UNADIF-FNDIR de l'Oise

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20 septembre 2018 4 20 /09 /septembre /2018 04:30

 

L'INFO n° 1 200

 

 

UNADIF - FNDIR

 

 

Du 10 au 14 octobre 2018 se dérouleront les 21èmes Rendez-vous de l'Histoire
 
 
 

Le 13 octobre prochain, de 14h à 15h30, dans le cadre des Rendez-vous de l'Histoire à Blois
 
 


Table ronde sur le sujet 2018-2019 du Concours national de la Résistance et de la Déportation (CNRD) : " Répressions et déportations en France et en Europe ; 1939 – 1945 ; espaces et histoire. "
 
 


Avec la participation de Thomas Fontaine, historien, directeur du musée de la Résistance nationale, de Tristan Lecoq inspecteur général de l'Education nationale, de Gilles Vergnon, maître de conférences à l'IEP de Lyon et de Jean-Yves Bonnard, directeur de l'atelier Canopé de l'Oise.
 
 
 


Gérard Bocquery Secrétaire général adjoint
 

 

 

 

 

Les 21èmes Rendez-vous de l'Histoire
Les 21èmes Rendez-vous de l'Histoire
Les 21èmes Rendez-vous de l'Histoire

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26 juin 2018 2 26 /06 /juin /2018 05:00

 

L'INFO n° 1 190

 

 

Riche de près de 600 000 noms, la base de données recense des dossiers individuels établis par différentes administrations chargées, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, d'identifier, d'homologuer ou de reconnaitre les services rendus pour faits de résistance.

 

 

 

La base de données recense des dossiers individuels établis par différentes administrations chargées à la fin de la Seconde Guerre mondiale d’identifier, d’homologuer ou de reconnaître les services rendus pour faits de résistance.

 

Elle est riche de près de 600 000 noms d’individus pour lesquels il existe au moins un, voir plusieurs dossiers conservés au Service historique de la Défense dans les fonds d’archives de trois organismes :

 

 

 - le bureau Résistance, chargé de la validation des services militaires dans la Résistance (sous-série GR 16 P) ;

 

 - le ministère des Anciens combattants et victimes de guerre, responsable de la délivrance des titres de déportés et internés de la Résistance (sous-série GR 21 P) ;

 

 - la direction générale des études et recherches, service de renseignement dont une des missions était, après la Seconde Guerre mondiale, de reconstituer l’ordre de bataille de la Résistance (sous-série GR 28 P 4).

 

 

 

Ce corpus n’a pas pour objet de dresser une liste de tous les résistants. En effet, de nombreuses personnes qui se sont engagées contre l’occupant pendant la Seconde Guerre mondiale ne se sont jamais fait connaître. De plus, certaines formes d’action de résistance n’ont pas donné lieu à des procédures administratives débouchant sur la constitution d’un dossier individuel. A contrario, la mention d’un individu dans la base de données ne présume pas de sa qualité de résistant car le corpus contient l’ensemble des dossiers ouverts par les services, y compris ceux des individus qui, après examen, n’ont pas été reconnus ou homologués pour faits de Résistance.

 

 

Il ne peut plus être procédé à la délivrance de titres pour services accomplis dans la Résistance compte tenu des mesures de forclusion adoptées en 1951.

 
Frédéric Quéguineur, Service historique de la Défense.

 

Titres, homologations et services pour faits de résistance
Titres, homologations et services pour faits de résistance
Titres, homologations et services pour faits de résistance

 

Informations sur la consultation des archives

 

 

Où consulter les dossiers ?

 

 

 Les dossiers dont les cotes figurent sur la base de données des titres, homologations et services dans la Résistance, sont consultables en salle de lecture du site où sont conservés les dossiers :

 

 - les dossiers cotés en GR 16 P et GR 28 P 4 sont consultables, après réservation préalable, en salle de lecture Louis XIV du Service historique de la Défense, à VINCENNES (SHD, Château de Vincennes, Avenue de Paris, 94300 Vincennes).

 

 - les dossiers cotés en AC 21 P sont consultables en salle de lecture de la division des archives des victimes des conflits contemporains du Service historique de la Défense, à CAEN (SHD, DAVCC, Rue Neuve du Bourg l'Abbé, 14037 Caen).

 

 

 

Comment consulter les dossiers ?

 

 - Pour consulter les dossiers cotés en GR 16 P et GR 28 P 4, il est obligatoire de réserver les dossiers avant toute venue en salle de lecture Louis XIV du SHD à Vincennes.

 

 

 Cette réservation peut se faire :

 

 - soit à distance, en se connectant sur le site Internet du Service historique de la Défense : www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr. (rubriques "services à distance", "réserver des documents").

 

 - soit sur place, en s'adressant au personnel d'accueil de la salle de lecture Louis XIV du SHD à Vincennes.

 Il est possible de consulter un maximum de 5 dossiers par lecteurs et par séance de réservation.

 

 

 

- Pour consulter les dossiers cotés en AC 21 P, il est nécessaire de prendre connaissance des informations pratiques de venue en salle de lecture, en se connectant sur le site Internet du Service historique de la Défense : www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr, rubriques "informations pratiques", "à Caen". Insérer également le mail du PAVCC ?

 

 

 

 A quel service adresser une demande de reproduction de dossiers ?

 

 Les demandes de reproduction de dossiers portant sur des cotes figurant sur la base de données des titres, homologations et services dans la Résistance doivent être transmises par courrier postal à l'adresse du site du Service historique de la Défense qui conserve le document :

 

 

- les dossiers cotés en GR 16 P et GR 28 P 4 sont conservés à VINCENNES. Par conséquent les demandes de reproduction portant sur ces sous-séries doivent être adressées par voie postale à : Service historique de la Défense – Centre historique des archives – avenue de Paris – 94300 VINCENNES.

 

 - les dossiers cotés en AC 21 P sont conservés à CAEN. Par conséquent, les demandes de reproduction portant sur cette sous-série doivent être adressées par voie postale à : Service historique de la Défense – Division des archives et victimes des conflits contemporains – Rue Neuve du Bourg l'Abbé – 14037 CAEN.

 

 

 ATTENTION : les demandes de reproduction portant à la fois sur des dossiers conservés à Vincennes et à Caen doivent faire l'objet de demandes séparées. Les demandes de reproduction mêlant des cotes de dossiers conservés à Caen et à Vincennes ne seront pas traitées.

 

 

Le nombre de demandes de reproduction est-il limité ?

 

 En raison du nombre important des demandes de reproduction portant sur des dossiers de personnel (officiers, résistants, etc), et afin de satisfaire le plus grand nombre d'usagers dans des délais corrects, chaque demande ne pourra porter sur plus de cinq dossiers.

 

 Par ailleurs, et toujours pour les mêmes raisons, seules les pièces principales des dossiers seront reproduites.

 

 La reproduction des documents est une prestation payante. Un devis sera au préalable adressé au demandeur. Après réception du règlement, la copie des documents sera adressée au demandeur, accompagnée d'une facture.

 

 

 

Quel délai de traitement ?

 

 En raison des très nombreuses demandes de reproduction portant sur des dossiers de personnel (officiers, résistants, etc) reçues par le Service historique de la Défense, le délai d'établissement des devis est actuellement de 12 semaines.

 

 

Pour plus d'informations, se connecter au site Internet du Service historique de la Défense : www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr rubrique "services à distance", "demander une reproduction".

 

 

Karine Perrissin-Faber, Service historique de la Défense.

 

 

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29 mai 2018 2 29 /05 /mai /2018 04:30

 

L'INFO n° 1 182

 

 

 

 

Le Service international de recherches, situé à Bad Arolsen en Allemagne, a été créé après la guerre pour retrouver la trace de millions de personnes déportées ou déplacées. Pendant la guerre froide, ses archives – fichiers de personnes, listes de transport, registres de décès de plusieurs camps de concentration, recensements de tombes et de fosses communes – ont servi à renseigner les familles et à instruire les demandes de réparation. Elles viennent d’être ouvertes aux chercheurs, suscitant l’intérêt de la communauté scientifique internationale.

 

 

 

 

Bad Arolsen est une petite ville située au nord du land de Hesse, dans une région rurale et boisée, à une heure de voiture de Dortmund, qui est la porte du bassin de la Ruhr ; mais le visiteur a ici le sentiment de s’être perdu dans la province allemande la plus profonde. Bad Arolsen est connu dans le monde entier, depuis quelques décennies, mais pas pour ses curiosités historiques : c’est là que se trouve le Service international de recherches, placé sous l’égide de la Croix-Rouge. Le SIR (souvent connu par ses initiales en anglais, ITS, pour International Tracing Service) est à la fois un centre de recherche, un lieu de mémoire de la persécution, du travail forcé et de la Shoah, et un gigantesque dépôt d’archives. Cette institution, créée en 1948, devait terminer le travail de recherche des personnes disparues et de réunion des familles entrepris dès avant la fin de la guerre : elle existe encore aujourd’hui, témoignage de l’incessante quête de mémoire, du travail de deuil jamais interrompu, mais aussi des procédures de réparations allemandes.

Aujourd’hui, elle se trouve à un tournant de sa déjà longue histoire, puisqu’elle a accueilli en juin 2008, pour la première fois, une équipe d’historiens venus évaluer ses kilomètres d’étagères chargées de documents [1]. Les dernières grandes archives de la persécution ont enfin été ouvertes à la recherche, après des années de tensions et une crise politique et diplomatique en partie relayée par les médias internationaux. Comment en est-on arrivé là ? Quelle est l’histoire de cette institution discrète et pourtant connue dans le monde entier ? Elle est complexe, témoignant des difficultés qu’ont rencontrées les Alliées après leur victoire dans la gestion de l’Allemagne, de la guerre froide et des évolutions de la mémoire du national-socialisme.

À Bad Arolsen, dans la forêt des archives nazies
À Bad Arolsen, dans la forêt des archives nazies

 

Des millions de personnes déplacées

 

La politique de l’Allemagne nazie a provoqué non seulement la mort de millions de personnes, civils ou militaires, mais aussi le déplacement de millions d’autres à travers l’Europe. À la victoire des Alliés en Europe, des millions d’hommes et de femmes s’étaient retrouvées sur le territoire allemand. Il y avait bien sûr les soldats démobilisés et les Allemands réfugiés de l’Est, qui fuyaient l’avancée de l’Armée rouge. Il y avait aussi des millions de soldats alliés prisonniers, de collaborateurs du régime nazi qui avaient fui devant les troupes américaines ou soviétiques et suivi les vainqueurs d’hier dans leur retraite. Il y avait encore les centaines de milliers de déportés, résistants, otages ou persécutés raciaux, en tout cas ceux qui étaient encore en vie. Et il y avait aussi les huit millions de travailleurs forcés emmenés sur le territoire allemand pour participer à l’effort de guerre du Reich.

Le sort de toutes ces personnes était mal connu des Alliés ; l’horreur des camps de concentration et d’extermination ne fut révélée au monde qu’à partir du début 1945. Il se créa dès ce moment-là des services de recherches, qui dressaient des listes de personnes dont on était sans nouvelles et que leur famille recherchait. Les différents États alliés mirent en place de semblables bureaux de recherches : en France, il était abrité par le ministère des Prisonniers, déportés et victimes de guerre, à la tête duquel se trouvait Henri Fresnay, et était installé au 63 avenue Foch, dans les locaux occupés peu de temps auparavant par la Gestapo. Les bureaux nationaux de recherches installèrent des antennes dans chacune des zones d’occupation en Allemagne. À côté de ces initiatives officielles, des dizaines d’autres bureaux furent créés par les diverses organisations d’assistance, les organismes nationaux de la Croix-Rouge, les organisations juives américaines comme l’American Joint Distribution Committee. Tous ces services, aux ressources souvent limitées, s’écrivaient frénétiquement les uns les autres pour échanger des informations. Leur histoire, qui reste à écrire, est d’autant plus importante qu’ils furent des lieux où ont été rassemblés les premières informations et les premiers récits sur la cruauté nazie, sur le système des camps et sur la destruction des Juifs d’Europe.

 

C’est dans ce contexte qu’a été créé le Service international de recherches. L’histoire de son émergence est pour l’instant encore confuse : un premier projet de création aurait émergé au sein du Relief Department, du service de secours d’urgence, du Foreign Office, à partir de 1943, sous la direction du major Eyre Carter. Il fut installé à Francfort, dans l’immeuble de la firme de chimie Hoechst. Puis, après la victoire, il fut créé un service des personnes déplacées et des réfugiés, à la direction quadripartite, au sein du Haut-commissariat interallié installé à Berlin. Il s’agissait au départ d’un petit service, chargé de coordonner les efforts de recherche entre les différentes puissances occupantes, l’Union soviétique acceptant encore plus ou moins de collaborer à ce moment-là.

Dès la fin 1945, un nouveau service fut créé, le Service de recherches des enfants : l’opinion internationale s’était en effet émue des révélations de l’opération Lebensborn, mise en place par Himmler, et qui est restée dans les mémoires. Le Lebensbornincitait les jeunes filles allemandes à procréer et à faire don au Führer de leurs bébés, placés dans des maisons d’éducation nazies. Mais l’opération consista surtout à enlever à leurs parents biologiques des enfants polonais et plus généralement slaves, dont les « caractéristiques raciales » correspondaient à celles qu’on imaginait être de race aryenne. Le service de recherches des enfants entreprit d’interroger et de contrôler 200 000 enfants et adolescents dont l’origine était suspecte et qui se trouvaient placés, soit dans des orphelinats, soit, plus fréquemment, dans des familles d’accueil allemandes.

 

 

 

 

Le recensement des tombes et des fosses communes

 

À partir de la fin 1946 aussi, une commission fut créée au sein du service des personnes déplacées et des réfugiées pour réfléchir à la création d’un Service central de recherches. On choisit de le localiser dans la petite ville d’Arolsen, qui était intacte et qui offrait des bâtiments de grandes tailles disponibles : une caserne SS, le « nouveau château », datant du XIXe siècle, et même le château baroque, dont le propriétaire, un général nazi, avait été emprisonné. Arolsen avait l’avantage aussi d’être en zone américaine, mais non loin des trois autres zones d’occupation. Le Service central de recherches d’Arolsen fut placé quelques temps sous l’égide de l’UNRRA (United Nations Relief and Rehabilitation Administration) et, à partir du 1er juillet 1947, de l’IRO (Organisation internationale pour les réfugiés).

La création officielle du SIR date du 1er janvier 1948. Le Service repassa sous le contrôle allié en avril 1951. Le mandat de 1948 était provisoire, il s’agissait pour le SIR de terminer le travail commencé au début de l’année 1945. L’institution s’installait à ce moment-là dans le provisoire, alors que la situation des personnes déplacées commençait à se régler, avec la création de l’État d’Israël en mai 1948 et surtout la révision de la politique d’immigration des États-Unis, à l’été de la même année. Par ailleurs, l’Union soviétique s’était retirée de la gestion de l’organisme, signe que la guerre froide s’installait là aussi. Les prédécesseurs du SIR avaient commencé à comprendre l’ampleur de la catastrophe européenne, des massacres et des déplacements de population, et surtout entreprit de concentrer les archives qui pouvaient être utiles aux recherches. Parmi celles-ci – et cela est d’importance pour comprendre les débats actuels, très violents, autour de l’institution – figurent les fichiers de personnes, les listes de transport et les registres de décès de plusieurs camps de concentration (mais pas de tous).

À la fin 1945, les autorités alliées avaient ordonné, chacune dans leur zone d’occupation en Allemagne, le recensement de tous les étrangers ressortissants des États alliés contre l’Allemagne. Les maires de toutes les communes allemandes furent obligés de répondre. Ces listes ont été fournies au service central de recherches. Un peu plus tard, ce furent les fosses communes, les tombes individuelles de tous les étrangers morts sur le territoire allemand, qui firent l’objet d’un recensement. Il fallut pour cela reconstituer les transports d’un camp à un autre et les trajets des « marches de la mort », c’est-à-dire l’évacuation des camps vers l’intérieur du Reich (on ne les appelait pas encore ainsi à l’époque). Les relevés des fosses et des tombes, là encore, ont été versés à l’organisme qui deviendra le Service international de recherches. Pour le SIR d’Arolsen, les recherches sur les Juifs assassinés ou survivants étaient incluses dans les recherches plus larges sur toutes les victimes non-allemandes de déplacements forcés, et en particulier les travailleurs forcés et les personnes déplacées, parmi lesquels les Juifs étaient nombreux, mais pas majoritaires. La Croix-Rouge de Munich créa un service de recherche pour les Allemands réfugiés ou expulsés de l’Est.

À Bad Arolsen, dans la forêt des archives nazies
À Bad Arolsen, dans la forêt des archives nazies

 

Un contrôle international

 

Dès 1952, le Service international de recherches d’Arolsen fit face à une nouvelle tâche. La première grande loi fédérale allemande d’indemnisation des victimes du national-socialisme avait été votée en 1952, sous le nom de loi BeG (Bundesentschädigungsgesetz). Elle dédommageait, parfois largement, les victimes allemandes ou qui avaient eu la nationalité allemande, pour toute sorte de persécutions, depuis la privation d’une formation universitaire jusqu’à l’emprisonnement dans un ghetto ou un camp de concentration, en passant par les séquelles médicales et même le port de l’étoile jaune ou de tout autre signe distinctif [2]. Les citoyens israéliens pouvaient aussi bénéficier de cette loi (mais pas les autres victimes non-allemandes). Pour obtenir les réparations, bénéficier des pensions, il fallait montrer des certificats d’internement et le SIR, qui avait conservé tant de documents des camps de concentration, était à même de les fournir. Les demandes adressées à l’organisme de recherches se diversifièrent dès ce moment-là.

L’étape suivante dans l’histoire, déjà compliquée, du SIR, fut le traité de Bonn, en 1955, qui redonna son indépendance à l’Allemagne fédérale. Dans le texte même du traité, les puissances alliées occidentales exigèrent de l’Allemagne qu’elle prenne leur suite dans la gestion du service d’Arolsen. Mais il fut décidé de placer l’organisme sous le contrôle du Comité international de la Croix-Rouge, pour garantir l’impartialité de l’institution, mais aussi probablement parce que le Comité avait l’expérience de la gestion d’un grand service de recherches : celui qu’elle maintenait à Genève pour les prisonniers de guerre avait été créé en 1914. Il s’agissait aussi de maintenir un contrôle international sur les dossiers du SIR, sans faire confiance à l’Allemagne dix ans seulement après la fin de la guerre. Il est possible que le Comité international de la Croix-Rouge ait été volontariste pour se voir confier cette gestion, sans toutefois y prendre de grands engagements financiers [3] : dès l’après-guerre, les critiques avaient été violentes contre le désengagement presque complet de la Croix-Rouge auprès des victimes des persécutions nazies et particulièrement des Juifs. La Croix-Rouge avait été absente des camps de concentration et d’extermination et les rapports qu’elle avait produits sur ceux-ci avaient été lénifiants, pour dire le moins. Dès 1947, le Comité international s’était cru obliger de publier un dossier justifiant de son activité dans les camps [4]. La polémique rebondira avec violence trente ans plus tard [5].

 

En tout cas, un accord officiel fut signé le 6 juin 1955 entre le Comité international de la Croix-Rouge, la République fédérale d’Allemagne et huit pays vainqueurs. L’Allemagne fédérale devait financer le fonctionnement du SIR et les salaires des employés (sauf celui du directeur, payé par Genève). Il était instauré une Commission internationale où neuf pays occidentaux étaient représentés [6]. Le directeur suisse nommé était Nicolas Burckhardt [7]. Dès ce moment-là, ce qui attirait l’étonnement (et l’admiration aussi), c’est l’immense fichier constitué par noms de personne recherchée, qu’elle soit présumée vivante ou décédée. Les listes de transport et les fichiers des camps avaient été dépouillés. Avec l’élargissement des bénéficiaires potentiels des réparations allemandes, à partir de 1956, les demandes d’information et de certificat continuèrent d’affluer. À la fin de la décennie, ce furent les victimes des pseudo-expériences médicales nazies qui bénéficient de réparations. Un fonds de l’UNRRA fut aussi créé et Arolsen répondait aux demandes et fournissait des certificats, y compris de décès.

 

 

 

 

 

1,3 millions de requêtes

 

Dès le milieu des années 1950, les documents du Service de recherches intéressèrent les chercheurs. Le Comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale à Paris, sous la direction d’Henri Michel, se mit entre en contact avec le SIR, qui publia un premier Dictionnaire des camps et lieux d’internement nazis, en plusieurs volumes, plusieurs fois remis à jour. Ce dictionnaire est resté longtemps le travail de référence sur la question. Il a servi à établir l’index des bibliothèques pour les ouvrages concernant la déportation et la persécution nazie. Dès le milieu des années 1950 aussi, Yad Vashem, l’autorité nationale israélienne de commémoration de la Shoah et de la résistance, demanda et obtint des copies sur microfilms des documents d’Arolsen (mais on ne sait pas ce qui a été copié, s’il s’agit de l’intégralité des fonds réunis à l’époque). Le travail effectué par l’organisme était considérable. En 1960, la convention de 1955 fut prolongée.

Le SIR s’installait donc dans un provisoire qui durait. Il continuait à recevoir des archives diverses, par exemple celles de la Mission française de liaison, installée à Bonn, qui dépendait de l’ambassade. En 1970, Arolsen avait déjà reçu au moins 1,3 millions de requêtes, venues du monde entier, pour moitié de particuliers et pour moitié produites par les organismes les plus divers – des administrations responsables des réparations aux associations d’anciens déportés soucieux de rassembler de la documentation historique. La chronologie de ces demandes mériterait d’être étudiée. On voit une nette augmentation à partir de 1954, avec 103 363 demandes [8], dont 70 % pour l’application de la loi BeG sur les dédommagements aux victimes du national-socialisme, avec un maximum en 1974 (210 465 demandes enregistrées, plus de la moitié concernant la rédaction de livres de mémoire, de mémoriaux imprimés comprenant la liste des victimes juives d’une municipalité ou d’une région).

 

Il faut noter que, dès 1953, le SIR répondait à des demandes concernant des recherches historiques, 205 en 1953 et jusqu’à 5 325 en 1976. Sous la direction de A. de Cocatrix, entre juillet 1970 et la fin de 1977, le SIR communiquait largement, recevait des visiteurs qui s’en retournaient ravis dans leur pays, en décrivant ce fameux fichier, qui ne cessait de prendre de l’ampleur. Il y eut, après son départ, un net changement de politique, liée probablement à la personnalité du nouveau directeur. P. Züger resta jusqu’en 1985 et le nombre de requêtes diminua fortement sous sa direction, passant de 162 854 en 1976 à 38 380 en 1982. Son successeur, le très controversé Charles-Claude Biedermann, entama en 1985 un règne de plus de vingt ans. Sous sa direction, l’accès aux dossiers du SIR se fit de plus en plus restreint. Les visiteurs ne pouvaient plus voir que le fameux fichier. Certains bâtiments étaient interdits d’accès sans l’autorisation expresse du directeur.

À Bad Arolsen, dans la forêt des archives nazies

 

Un mécontentement croissant

 

Or la fermeture – relative – d’Arolsen au monde extérieur correspondit avec une modification de la demande sociale et mémorielle autour de la Seconde Guerre mondiale. Trente-cinq ans après la fin de la guerre, les survivants commençaient à répondre aux demandes de leur famille, à faire des recherches sur les leurs assassinés dans les camps. Ils furent nombreux à écrire au Service international de recherches, qui répondait avec des délais plus ou moins longs, mais faisait à chaque fois une recherche approfondie. Il faut noter cependant qu’environ 50 % des demandes recevaient une réponse négative : il n’y avait pas d’informations sur la personne recherchée. Les années 1980 ont vu aussi en Europe de l’Ouest et aux États-Unis une demande croissante d’accès aux archives de la persécution nazie en général et de la Shoah en particulier. Dans tous les pays occidentaux, des polémiques éclataient sur les archives peu accessibles, voire fermées à la recherche en application de lois restrictives (y compris les archives du Comité international de la Croix-Rouge). La chute du communisme en Europe centrale et orientale permit à partir de 1989 l’accès à de nouvelles séries d’archives demeurées fermées jusque-là.

La situation du SIR contrastait de plus en plus avec l’effervescence autour des masses de documents produits par les bureaucraties nazies. Les amicales d’anciens déportés protestaient et certains diplomates exprimaient leur mécontentement. En 1992, la Commission internationale tenta sans succès d’obtenir le renvoi de M. Biedermann. Ainsi, en 1998, la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes lança une campagne et publia une brochure, appelant à l’ouverture des archives d’Arolsen à la recherche. Le directeur se retranchait à chaque fois derrière l’accord de 1955 et la priorité donnée aux recherches des familles, « dans un but humanitaire ». L’institution la plus en pointe dans l’identification des archives fut le Musée-Mémorial de l’Holocauste à Washington. Celui-ci entreprit la reproduction de toutes les archives disponibles relatives à la Shoah, dans le monde entier. Cette gigantesque opération, encore en cours, oblige à passer des accords de reproduction. Le pays détenteur des archives reçoit en général une copie des microfilms [9]. Dans de nombreux pays, cette opération permet la conservation d’archives menacées par le temps, qui ne sont plus désormais consultables que sur microfilms.

La situation devenait d’autant plus paradoxale que l’activité du SIR avait été démultipliée après la chute du communisme. En particulier, l’Allemagne s’apprêtait à dédommager, enfin, les travailleurs forcés de l’Est. Après des années de débat, une dernière, peut-être l’ultime fondation d’importance, fut créée pour payer une somme forfaitaire aux Ukrainiens et aux Biélorusses qui avaient travaillé sans paiement pour l’économie de guerre du Reich [10]. Arolsen fut sollicité et reçut un nombre record de dossiers, qu’elle traita, de façon simplifiée, en vérifiant ses registres de travailleurs forcés. À partir de 1991, le SIR traita plus d’un million de demandes de ce type, vérifiant simplement si le nom du requérant se trouvait dans son fichier central.

Lors des grandes conférences sur la Shoah de la fin des années 1990, le Service de recherches était de plus en plus souvent mentionné. La déclaration finale de la Conférence de Stockholm sur l’éducation de l’Holocauste, en 2000, où plus de trente chefs d’État et de gouvernements étaient présents, exigeait l’engagement d’ouvrir largement les archives de la persécution encore fermées aux chercheurs. C’était là une allusion claire à la situation d’Arolsen. Mais Charles-Claude Biedermann tenait bon. Il est difficile à l’heure actuelle de savoir exactement pourquoi il était impossible d’infléchir cette fermeture, face à toutes les protestations. Les rumeurs allaient bon train : on parlait des services secrets occidentaux, qui auraient toujours eu accès aux archives et qui ne voulaient pas que l’on découvre qu’il y aurait eu là des informations sur les criminels de guerre ; on disait que les Allemands ne voulaient pas payer davantage de réparations et qu’on aurait ouvert ainsi la porte à de nouvelles demandes. Devant ces archives fermées, de plus en plus mystérieuses, on pouvait tout imaginer : des documents inédits et cruciaux sur la politique hitlérienne, sur la Shoah, sur les responsabilités des puissances occidentales, sur les criminels, etc. Comme toujours, le secret alimentait les bruits. La position du Comité international de la Croix-Rouge demeurait mystérieuse (elle l’est toujours), la France s’affirmait pour l’ouverture, les Italiens contre… Il semble de toute façon que le statut provisoire de 1955, renouvelé en 1960, n’était plus adapté et qu’il était facile de se retrancher derrière celui-ci : on ne savait plus quelle instance pouvait prendre la décision d’ouvrir les archives. Et, devant l’afflux de demandes, et peut-être pour apporter une raison supplémentaire au refus de l’ouverture, les dossiers en retard s’accumulaient. Il y en eut jusqu’à 400 000 en attente de réponse, alors que le ministère allemand de l’Intérieur, de qui dépend curieusement Arolsen, faisait des économies de personnel et imposait une réduction du nombre d’employés.

À partir de 2004, le Musée de l’Holocauste intensifia sa campagne pour l’ouverture des archives du SIR. Paul Shapiro, le directeur du Centre de recherche avancé sur l’Holocauste, le département de recherche du Musée, chercha à rendre l’affaire publique et surtout, à obtenir l’appui du Département d’État américain. Dans ses déclarations publiques, il alla jusqu’à affirmer que la fermeture des archives était une forme de négationnisme de la Shoah, que les Allemands ne pourraient pas éviter une seconde Shoah, etc. Il y eut même, à la suite de ces déclarations, un incident diplomatique entre les États-Unis et l’Allemagne, cette dernière étant pourtant prompte à donner tous les gages possibles quant à son intérêt pour la mémoire de la Shoah, la commémoration et la recherche historique [11]. Finalement, la crise prit une telle ampleur que même la Croix-Rouge à Genève fut obligée de réagir : Charles-Claude Biedermann fut brutalement limogé, après près de vingt-cinq ans de services, et remplacé par Reto Meister, un délégué rompu aux situations de crise (il a été en poste à Bagdad pendant la guerre Iran-Irak, à Beyrouth pendant la guerre du Liban, en Amérique centrale et au Népal). Un accord fut finalement obtenu : les représentants des onze pays siégeant à la Commission internationale se mirent d’accord pour l’ouverture des archives. Un amendement à l’accord de 1955 fut rédigé, l’ouverture fut effective au printemps 2008.

À Bad Arolsen, dans la forêt des archives nazies

 

Une mine d’archives

 

Peu après la signature du protocole, le 28 mars 2007, Paul Shapiro témoigna devant la Commission pour les affaires étrangères du Congrès (sous-commission Europe). Dans une présentation ambitieuse, il mit en avant les nécessités, à ses yeux à la fois morales et scientifiques d’ouvrir les dossiers d’Arolsen aux chercheurs et de les reproduire pour les mettre à la disposition des survivants. On comprenait nettement que, pour lui, seul le Musée de l’Holocauste de Washington serait à même de réaliser cette tâche, alors que les derniers survivants disparaissaient les uns après les autres. Les collections sont aujourd’hui en voie de digitalisation, par un procédé qui permettra des recherches par lieu (alors que l’ensemble des documents d’Arolsen ont été classés, depuis 1948, en fonction des noms de personnes à rechercher). Une première livraison de copies a déjà été faite à Jérusalem et à Washington, la suite est annoncée en un calendrier qui s’échelonnera jusqu’en 2011. Et la question reste posée : que sont ces dix-sept millions de documents ? Quelles informations nouvelles sur la Shoah et sur la persécution en général contiennent-ils ? Les archives, de complètement fermées, se sont retrouvées complètement ouvertes, avec un délai d’accès à vingt ans, c’est-à-dire moins que le délai habituel (trente ou cinquante ans), pour des dossiers qui sont surtout, par définition, des dossiers personnels et des listes de noms. Le statut du SIR reste à redéfinir. Un comité stratégique est annoncé pour septembre 2008. Ces archives ne mériteraient-elles pas d’être classées patrimoine mondial de l’UNESCO ?

Il apparaît qu’un quart des dossiers concernent des Juifs. Les documents sont d’une extrême variété. À Arolsen, il y a tout d’abord le fameux fichier, Il utilise une méthode compliquée pour se repérer dans la complexité des orthographes de noms de familles venus de toutes l’Europe. Ainsi, le nom « Schwartz » peut s’écrire de 156 façons différentes et n’est retranscrit que d’une seule façon dans le fichier : « Svartz ». La retranscription dans le fichier des noms et des prénoms fait l’objet d’un volume entier, de plusieurs centaines de pages. Il faut un minimum de quatre mois pour commencer à s’y retrouver et à pouvoir faire une recherche. L’informatisation doit faciliter les choses, mais, en attendant, on se demande comment il sera possible de se passer de l’expérience des employés d’Arolsen pour retrouver un dossier en partant d’un nom.

 

Dans la section d’archives sur les personnes déplacées, on trouve par exemple 35 000 enveloppes contenant des informations sur un individu précis, 4 436 boites contenant des listes par pays, 230 boites contenant des listes de personnes, juives pour la plupart, des fichiers de l’après-guerre, 16 000 dossiers de l’International Committee for European Migration, 10 650 du Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, ainsi que des dossiers très divers, venant de plusieurs hôpitaux et sanatoriums. Il y a là aussi les « shipping lists », les listes d’immigration des personnes déplacées, sources importantes pour l’histoire des migrations d’après-guerre et pour l’histoire des familles (mais ces listes ont leur équivalent dans les pays d’arrivée). Et n’oublions pas les dossiers du Haut-commissariat aux réfugiés de Hong-Kong, qui sont arrivés là on ne sait comment !

La section sur le travail forcé rassemble les fameuses listes de recensement des ressortissants étrangers se trouvant en Allemagne en 1945, mais les listes pour la zone soviétique sont loin d’être complètes. On trouve aussi là des certificats de naissance, de mariage et de décès émis par les autorités allemandes et concernant les travailleurs forcés, ainsi que des registres d’hôpitaux, et bien d’autres documents encore.

 

La section des camps de concentration contient des archives originales des camps, les fichiers, les registres de décès (qui étaient tenus par les détenus eux-mêmes) et les listes de transfert. Cependant, le matériel est très inégal d’un camp à un autre. Si l’on trouve presque toutes les archives de Buchenwald, un camp comme Maïdanek n’est presque pas représenté. Les archives du Struthof-Natzweiler sont surtout conservées aux Archives départementales du Bas-Rhin et il n’y a à Arolsen rien d’original, ou presque, sur Auschwitz.

75 % des documents d’Arolsen sont des originaux. Certains de ces originaux, comme tous les dossiers de la Gestapo, existent depuis longtemps à l’état de copies, facilement accessibles, dans les archives des Länder respectives. Rappelons aussi que la plupart des documents ont été reproduits et fournis à Yad Vashem en 1956. Et les réduire à des archives de la Shoah est une erreur : il s’agit de documents sur toutes sortes de victimes et aussi sur les bourreaux : parmi les personnes déplacées se trouvaient de nombreux collaborateurs des Allemands, des Allemands ethniques ou bien de nationalité minoritaire de l’empire soviétique. Ivan Demjanjuk, qui a été jugé et acquitté en Israël pour crimes contre l’humanité, y possède une fiche à son nom, sur laquelle il est précisé qu’il a bel et bien travaillé à Treblinka !

Il reste enfin les demandes interrogeant le Service de recherches, nommées les « TDfiles » (pour tracing and document files). Il y en a 2,4 millions classés chronologiquement, auxquels il faut ajouter 105 000 demandes antérieures à la création du SIR (c’est-à-dire à 1948) et quelques centaines de milliers de dossiers ayant provoqué une réponse négative et classés à part. La moitié des demandes proviennent de particuliers, l’autre d’institutions de tout type. Ces dossiers requièrent des informations sur un ancêtre déporté, sur l’emplacement d’une tombe, un certificat d’internement ou de travail forcé. Il est émouvant de les voir ainsi empilés, soigneusement classés, témoins du travail considérable qu’a effectué le SIRdepuis sa création, une opération humanitaire d’une ampleur inégalée jusqu’à aujourd’hui. Ils témoignent du drame de la Seconde Guerre mondiale et du nazisme, ainsi que de l’interminable gestion mémorielle et financière des conséquences de la catastrophe. Ils sont pour la plupart de modestes bouteilles à la mer lancées par des survivants, qui espèrent recueillir une précieuse bribe d’information sur un membre de leur famille qu’ils ont vu pour la dernière fois à la descente du train de déportation, parfois même sur l’itinéraire d’un camp à un autre qu’ils ont eux-mêmes connu, n’ayant pu conserver le compte et le nom de tous les camps par lesquelles ils sont passés. Ils constituent en eux-mêmes une matière historique de premier ordre sur les suites de la persécution et de la folie nazies, qu’il reviendra aux historiens d’étudier.

Il est peu probable que les autres millions de documents d’Arolsen ouvrent des champs nouveaux d’investigation : on ne retrouvera sûrement pas l’ordre d’Hitler d’assassiner les Juifs d’Europe, ni même la liste de Schindler (contrairement à ce qui a été écrit dans certains articles de presse ). Les dossiers d’Arolsen permettront de compléter les recherches déjà existantes, basées sur des archives différentes, et, surtout, ils seront une source première pour entamer une nouvelle recherche. Ils permettront de préciser la géographie de la persécution, rangés tels qu’ils le sont par zone géographique. Ils faciliteront aussi largement les études prosopographiques sur un camp, un kommando de travail, un convoi de déportation, un camp de personnes déplacées, etc. Il reste encore un travail considérable à effectuer, avant que les historiens ne disposent d’un inventaire complet et utilisable et, bien sûr, il faudra écrire l’histoire de l’institution même. Les archives du SIR n’ont pas encore livré tous leurs secrets, si tant est qu’ils existent.

À Bad Arolsen, dans la forêt des archives nazies
À Bad Arolsen, dans la forêt des archives nazies

 

 

Notes

 

[1] Le premier atelier de recherche historique dans les dossiers du Service international de recherches a été organisé en collaboration avec Centre de recherche avancée sur l’Holocauste, l’un des départements du Musée-Mémorial de l’Holocauste à Washington. Il a fait travailler ensemble quinze historiens, sociologues, anthropologues et archivistes (dont moi-même), du 16 au 27 juin 2008. Je tiens à remercier le SIR et le Musée de Washington pour leur invitation à cet atelier. Cet article est largement redevable des discussions animées que j’ai eues avec mes collègues, que je tiens à remercier également ici.

[2] Pour une vue complète de l’ensemble de l’édifice législatif, complexe, des réparations allemandes, voir Constantin Goschler, Schuld und Schulden. Die Politik der Wiedergutmachung für NS-Verfolgte seit 1945, Göttingen, Wallstein, 2005.

[3] Les négociations qui menèrent à l’accord de 1955 furent serrées : la RFA réclamait le contrôle du SIR tandis que le Comité international de la Croix-Rouge pesa de tout son poids pour obtenir que le directeur fût suisse.

[4] Internationales Komitee vom Roten Kreuz, Die Tätigkeit des IKRK zugunsten der in den deutschen Konzentrationslagern inhaftierten Zivilpersonen (1939-1945), Genève, 1947.

[5] Devant la charge et les interrogations, et alors que ses archives demeuraient fermées aux chercheurs, le comité international de la Croix-Rouge commandita un travail fouillé à l’historien Jean-Claude Favez, qui eut accès à tous les documents de la période de la guerre. La recherche, très sévère envers la Croix-Rouge, fut publiée, ce qui mit fin à la polémique (Jean-Claude Favez, Une mission impossible. Le CICR, les déportations et les camps de concentration nazis, Lausanne, Payot, 1998).

[6] Il s’agissait de la Belgique, la France, la République fédérale allemande, Israël, l’Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et les États-Unis. Plus tard, la Grèce et la Pologne rentreront dans la Commission internationale.

[7] Sur cette signature, voir : R. B., « Le Service international de recherches », Revue du Comité international de la Croix-Rouge, août 1955, p. 514-525.

[8] Statistiques fournies par le SIR, à partir des données publiées dans les rapports annuels.

[9] En France, des accords ont été signés en ce sens entre le Musée de Washington, la Fondation pour la mémoire de la Shoah et les Archives nationales.

[10] En 2000, une loi allemande créa la Fondation « Erinnerung, Verantwortung, Zukunft », dotée de 10,1 milliards d’euros. À la date de la forclusion du dépôt de demandes de dédommagement, le 12 juillet 2007, 4,4 milliards d’euros avaient été distribués à 1,6 millions d’anciens travailleurs forcés.

[11] Roger Cohen, « US-German Flare-Up Over Vast Nazi Cam Archives », New York Times, 20 février 2006.

 

 

 

 

 

Source :

Jean-Marc Dreyfus, « À Bad Arolsen, dans la forêt des archives nazies », La Vie des idées , 11 septembre 2008. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/A-Bad-Arolsen-dans-la-foret-des.html

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