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ADIF-FNDIR de la Meuse (55)
Clermont-en-Argonne
Un ancien Déporté accompagne des collégiens au camp de Sachsenhausen
Trente-trois élèves des classes de 3e du collège d’Argonne, accompagnés par des membres du Souvenir français et leurs enseignants d’allemand et d’histoire, Mme Puech et M. Paris, ont visité, du 9 au 11 avril, les lieux historiques de Berlin. Ce voyage correspondait à la volonté de sensibiliser concrètement les jeunes aux formes et conséquences de la Seconde Guerre mondiale.
Le programme a comporté les visites guidées du cœur de la ville, avec l’Alexanderplatz et le Nikolaiviertel ; du musée DDR, consacré à la vie quotidienne des habitants de l’ex-RDA ; du musée du Mur avec le passage obligé du Check Point Charlie ; du mémorial de la Résistance ; du musée de Berlin et de son bunker de la Guerre froide ; de l’étonnant musée juif qui privilégie l’émotionnel à l’événementiel et du mémorial « Holocaust Denkmal » où le cheminement dans le dédale des pierres invite à la réflexion et au recueillement.
Mais le moment le plus poignant fut la visite du camp de concentration de Sachsenhausen avec Jean Manchette, 94 ans, ancien déporté dans ce camp, sous le matricule 65 071. Arrêté parce qu’il avait chanté la Marseillaise, il y était arrivé au printemps 1943 et ne sera libéré qu’à l’arrivée des troupes russes, en 1945, soit vingt-quatre mois de détention dans les commandos annexes, dans de terribles conditions : travail exténuant, nourriture faite de soupe claire qui engendrait une dysenterie permanente, coups infligés par les kapos.
Son témoignage émaillé d’anecdotes douloureuses s’est arrêté net trois fois : lorsqu’il a reconnu les abords du camp et sa redoutée place d’appel, quand il a franchi la porte de la baraque 38, avec ses châlits encore en place, celle-là même où il a vécu sa quarantaine, et enfin quand il a identifié la tenue d’un camarade de son convoi. Intense émotion qui a gagné les jeunes Clermontois conscients du privilège que Jean Manchette leur offrait et dont l’intérêt et le comportement respectueux sont à féliciter.
Emouvante cérémonie devant la Stèle érigée à la mémoire des Français déportés au camp de Sachsenhausen (photo : Est républicain)
En 1934, Jean Manchette entre à l'âge de 13 ans dans la vie active en qualité d'ouvrier forestier. Il reprendra un emploi de débardeur forestier au lendemain de la guerre avant d'être recruté comme chauffeur receveur, en 1951, aux Rapides de la Meuse. Il épouse la même année Yvonne Parisot, ils auront quatre enfants. Chauffeur magasinier aux Établissements Utard à Longeville, il y prend sa retraite le 30 décembre 1977.
Arrêté par la Gestapo et jeté en prison à Bar-le-Duc.
La vie de Jean Manchette a été marquée à jamais par la guerre. Dès mai 1942, il rejoint la zone libre et s'engage dans l'armée d'armistice au 8ème régiment d'infanterie de Montpellier sous les ordres du colonel de Lattre de Tassigny.
Les Allemands envahissent alors le territoire, désarment les unités et en novembre, le jeune soldat est fait une première fois prisonnier, durant quelques jours, avant de regagner la Meuse.
Refusant d'obéir à une convocation pour être incorporé au service du travail obligatoire en mars 1943, Jean Manchette défile alors, avec d'autres insoumis, dans les rues de Ligny-en-Barrois en portant le drapeau français et en chantant La Marseillaise. Une liberté d'expression qui le conduira, le 8 mai, à être arrêté par la Gestapo et jeté en prison à Bar-le-Duc. Refusant l'humiliation, Jean Manchette est alors déporté au camp de concentration d'Orianenburg-Sachsenhausen, après avoir été interné au camp de Compiègne-Royallieu.
Accueilli par des matraques
Les coups de matraque qui l'accueillent ne sont qu'un prélude aux sévices corporels qu'il va endurer des SS, associés à la malnutrition et aux travaux forcés. Une grave blessure au talon le marquera à vie en février 1945.
L'Armée rouge délivre Jean Manchette de cette horreur le 28 avril 1945. Son état de santé est tel qu'il doit être hospitalisé une quinzaine de jours à Bar-le-Duc.
Lui a eu la chance de sortir des griffes de l'enfer, avec toutefois de lourdes séquelles physiques.
Ce vécu, cette privation de liberté, cet instinct de survie, Jean Manchette s'est promis de le faire partager en témoignant encore et encore.
Pour montrer de quoi est capable l'être humain envers son prochain.
Pour transmettre la vérité de l'Histoire.
Pour que ce douloureux épisode ne se reproduise jamais.