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Samedi 19 septembre 2015 une cérémonie privée s'est déroulée au Petit Théâtre d’Auray en présence du ministre de la Défense J.Y. LE DRIAN, , du sous-préfet M. J-F TREIFFEL, du sénateur M. LE SCOUARNEC, du maire M. J. DUMOULIN, du colonel de gendarmerie M. E. ROPARS et des porte-drapeaux alréens.
Lors de cette cérémonie, le ministre de la Défense a remis personnellement l’insigne de Chevalier dans l’Ordre national de la Légion d'honneur à Julien DANIC, ancien Résistant, membre de l'ADIF-FNDIR 56.
Allocution du ministre de la Défense
Mesdames et Messieurs, chers amis,
Cher Julien DANIC,
Je suis très heureux d'être avec vous, parce qu'aujourd'hui, la France rend hommage à l'un de ses enfants les plus méritants, l'un de ceux aussi qu'une discrétion et une dignité rares distinguent tout particulièrement. La France, à travers vous, rend hommage au sacrifice d'un jeune homme qui, dans le chaos de la guerre, n'a pas refusé le devoir qu'il pressentait dans son coeur. Elle rend hommage, ainsi, à l'action d'un résistant qui, dans la dureté des combats, parfois l'injustice des épreuves, a toujours fait preuve du plus grand courage.
Aujourd'hui, j'ai l'honneur et le plaisir de porter cet hommage, celui d'une France qui n'oublie pas tout ce que vous avez fait pour elle.
Cher Julien DANIC, vous n'avez que trois ans lorsque les circonstances vous frappent pour la première fois. Le 6 mai 1925, votre père, sous-marinier, disparait en effet lors dans un dramatique accident en rade de Cherbourg. Vous débutez dans la vie et déjà vous voilà orphelin, entouré d'une mère, d'un frère et d'une sœur plus jeunes que vous, qui compteront bientôt sur vous pour subvenir aux besoins de la famille.
Encore enfant, c'est avec une bravoure qui force l'admiration que vous assumez le rôle de chef de famille. Tout en suivant votre scolarité à l'école des frères, à Auray, vous travaillez dans le petit bourg de Krach, où vous vivez. C'est un travail harassant: dans les champs de blé, dans les parcs à huîtres, le petit garçon que vous êtes parcourt six kilomètres à pied, chaque matin, chaque soir, pour se rendre à l'école, et se forge ainsi une volonté et un courage que rien par la suite ne pourra arrêter.
En 1940, à Sainte-Anne, une rencontre change votre vie, celle de l'abbé RIOU. Alors que la France est au bord de l'abîme, l'abbé vous demande de rejoindre la Résistance. Avec cette abnégation et ce sens du devoir qui vous caractérisent déjà, vous n'hésitez pas une seconde. Vous intégrez alors le réseau Vengeance, établi à Quimper. Vous n'avez pas vingt ans.
Ce réseau, monté par des chirurgiens et des médecins, va être pour vous comme une seconde famille. Vos camarades de Résistance deviendront vos amis. Des gens d'exception. Je pense au jeune LE GUENNEC, qui menait avant-guerre des études dentaires. Avec sa famille entière, il est emprisonné, torturé, lorsque le réseau est dénoncé. Mais il ne parle pas. Jamais il ne prononce votre nom, ou ceux de vos camarades. Jamais il ne cède. Il vous aura ainsi protégé, jusque dans la mort, dans un silence auquel vous devez encore aujourd'hui la vie.
Au sein de Vengeance, vous êtes agent de liaison et de transmission. Dans les cabarets, dans les cafés, vous prêtez l'oreille à ce que peuvent dire les Allemands. Partout, vous glanez les renseignements nécessaires aux opérations du réseau. Une vie d'espion, qui vous impose de vivre dans le plus grand secret.
C'est une statue creuse qui vous sert alors d'abri, au sommet du clocher de la basilique Sainte-Anne. Le confort n'y est certes pas optimal mais vous ne vous plaignez pas. Seule vous importe la lutte que vous êtes en train de mener.
Au début de l'année 1944, échappant de peu à une arrestation lorsque le réseau est finalement dénoncé, vous rejoignez le 2e bataillon F.F.I, qui regroupait les jeunes maquisards de la région d'Auray. En qualité d'agent de liaison, vous prenez part à de nombreuses activités sous les ordres du lieutenant de gendarmerie COSQUERIC de Pluvigner et du Commandant LE GARREC : parachutages et transports d'armes, sabotages divers, combats rapprochés avec l'ennemi, notamment au glorieux maquis de Saint-Marcel.
Le 10 juillet 1944, alors qu'avec quatre de vos camarades, vous vous trouvez au moulin de Treuroux, dans la lande de Brech, une dame vient vous prévenir que les Allemands sont là, prêts à l'attaque. Vous voulez leur échapper et vous êtes arrêté. C'est la prison : à Pluvigner, d'abord, à Vannes et à Rennes ensuite, puis le camp de concentration Margueritte, de sinistre réputation.
Le 3 août 1944, à la veille de la libération de la ville, les Allemands fuient dans la précipitation et organisent la déportation de tous les prisonniers rennais. Vous vous trouvez sur un quai, enchaîné, épuisé et bientôt dans un train, dont vous connaissez déjà la destination : l'Allemagne, les camps, la mort.
Le train passe par Nantes, puis remonte vers le Rhin par Langeais. Au matin du deuxième jour, le convoi s'arrête. Les infirmières de la Croix-Rouge reçoivent l'autorisation de prodiguer quelques soins aux malades. Vous n'avez alors qu'une pensée, pour votre famille qui vous attend. Alors, avec toujours le courage qui est pour vous comme une seconde peau, vous tentez de vous évader une première fois. Sans succès. Mais une infirmière vous apprend que d'autres évasions ont déjà eu lieu.
Vous remarquez alors qu'un des barreaux de votre wagon n'est pas bien scellé. Vous tentez de rallier vos compagnons d'infortune à votre cause : il suffit que vous poussiez tous, et vous pourrez passer. Mais la peur gagne certains. Les Américains ne sont plus bien loin après tout, pourquoi risquer sa vie maintenant ? Vous, vous êtes persuadé que le train arrivera à destination, vous ne croyez pas à cette libération prochaine. Et vous partez, en repoussant ceux de vos camarades qui tentent de vous en empêcher.
Vous voilà libre. Le lendemain, le train sera mitraillé par les Américains en gare de Langeais. Ceux qui se trouvent à bord, vos anciens compagnons de voyage, seront transférés sur d'autres convois. Pour certains, la destination sera celle du camp du Struthof Natzweiller ; pour d'autres, ce sera la mort.
Mais vous, vous êtes libre, et vous courez alors à travers la campagne, jusqu'à la limite de vos forces, avant de vous évanouir dans un bosquet. Lorsque vous vous réveillez, vous reprenez la route jusqu'à une ferme, et racontez votre histoire au paysan que vous croisez. Par chance, celui-ci ravitaille la gendarmerie en produits fermiers pour le maquis et vous accompagne à la gendarmerie de Segré. Après avoir enquêté sur la véracité de vos dires, le maréchal des logis chef CHEBEAU vous garde à son domicile du 4 au 6 août, en vous faisant dormir dans la cellule de sûreté pour vous protéger des Allemands.
Vous quittez finalement la gendarmerie pour rejoindre les Américains, puis votre Bretagne natale. C'est la fin pour vous d'une épopée extraordinaire qui, des plaines de Touraine au sommet de la basilique Sainte-Anne, a mis à l'épreuve votre sens du devoir et votre volonté de servir. Aujourd'hui, nous rendons hommage à ce parcours d'exception et à l'homme que vous êtes. Nous mesurons la dette que nous vous devons, pour avoir pris part aux glorieux combats de la Résistance, quand la France était menacée par le plus funeste ennemi.
Au lendemain de la Libération, vous reprenez très simplement le cours de vos activités et retrouvez votre famille. Vous ouvrez alors une boucherie à Auray, à laquelle vous consacrez une partie de votre temps. L'autre partie, vous la consacrez au devoir de mémoire, au souvenir de vos frères d'armes et des combats que vous avez menés pour la France et la liberté. Ainsi, dès sa création en 1950, vous rejoignez l'Union Nationale des Associations des Déportés Internés et Famille, dont vous devenez, durant près de trente ans, le porte-drapeau pour la section d'Auray.
Cher Julien DANIC, votre courage, votre abnégation, votre sens du devoir, nous inspirent à tous ici respect et admiration. Tout au long de votre vie, vous n'avez eu de cesse que de servir, jusque dans les heures les plus sombres de notre histoire, d'être là pour vos proches et pour tous ceux qui ont eu besoin de vous à un moment de leur histoire. Votre exemple nous touche ; il me touche personnellement. C'est pourquoi, cher Julien DANIC, je suis très heureux aujourd'hui de vous remettre les insignes de Chevalier dans l'Ordre national de la Légion d'honneur.
Discours prononcé par Julien DANIC à l’occasion de la remise de son insigne de Chevalier dans l'Ordre national de la Légion d’honneur au Petit théâtre d'Auray, le 19 septembre 2015
Monsieur Le Ministre,
Monsieur le Député,
Monsieur le Sénateur,
Messieurs les Maires et adjoints,
Mon Général, président de la société des membres de la Légion d’honneur,
Madame la Conseillère départementale,
Monsieur le Sous-préfet,
Mon Colonel,
Monsieur le Directeur de l’ONAC-VG,
Mesdames et Messieurs les Présidents, et administrateurs des associations,
Mesdames et Messieurs les Directeurs et collaborateurs des structures associatives,
Messieurs les Porte-Drapeaux,
Chers amis.
En ce jour de cérémonie, je viens exprimer mon émotion et mon immense joie.
Si vous êtes réunis avec moi, c’est parce que tous, vous avez, à un moment ou à un autre participé à cette récompense qui m’est attribuée. Je n’oublie pas ceux qui ne sont plus et qui ont mérité plus que moi cette distinction : ils étaient sur terre, dans les profondeurs sous-marines, sur toutes surfaces navigables, dans les airs, partout où flotte notre drapeau. Ils ont résisté, ils ont engagé leur âme et leur conscience. Ils ont offert leur vie. C’était la guerre et ils ont fait leur choix.
Être intégré dans l’ordre national de la Légion d’honneur est un honneur qui renvoie encore plus au devoir de citoyenneté.
Le sens du devoir, je le dois à ma mère qui serait si fière d’être avec nous aujourd’hui. Elle m’a élevé dans les traditions familiales de notre pays et m’a inculqué les valeurs fondamentales que sont l’honneur et la dignité mais aussi l’humilité et le respect des autres.
Le sens du devoir, je le dois aussi à Monsieur RIOU, chanoine d’Hennebont, directeur des pélérinages à Sainte Anne d’Auray, qui m’a transmis son enthousiasme pour la cause de la Résistance et j’ai adhéré dès 1941 au réseau Vengeance de Quimper.
Le sens du devoir je le reconnais dans le silence de ceux qui, arrêtés, torturés, n’ont jamais livré mon nom pour me protéger. Il y a eu de la fraternité et de l’honneur dans cette guerre.
Nous avons combattu à Saint Marcel et j’ai eu la chance de retrouver ma famille après mon évasion au Lion d’Angers.
J’ai transmis à mes trois filles tout l’amour et la bienveillance d’un père, j’ai essayé de leur donner le meilleur de moi-même. Mes vœux les plus chers vont maintenant vers mes petits enfants et arrière petits-enfants qui sont porteurs de tant d’espérance pour affronter un autre combat, celui de la vie.
Monsieur le Ministre, merci d’avoir accepté de m’accompagner, pour l’entrée dans cet ordre prestigieux de la Légion d’honneur.
Merci à tous