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Notre Amie, Yvette Lundy, Déportée-Résistante, vice-présidente de l'ADIF-FNDIR de la Marne a fêté vendredi 22 avril son centième anniversaire.
L'ensemble des membres de l'UNADIF et de la FNDIR lui renouvelle ses plus sincères et très amicaux voeux de très bel anniversaire
YVETTE LUNDY le jour de ses 100 ans - photos © Yves Biron / France 3 Champagne-Ardenne
La résistance et la déportation
Yvette LUNDY est née dans la Marne pendant la 1ère guerre mondiale le 22 avril 1916, dans une famille d'agriculteurs originaires de Beine au Nord de Reims, repliée à Oger.
En 1938, elle est nommée institutrice à Gionges, où elle fait office de secrétaire de mairie.
En mai 1940, lors de l'exode, elle quitte le département pour y revenir en juillet 1940.
Sous l'Occupation, elle fournit des papiers d’identité et des cartes d’alimentation en particulier à des prisonniers évadés du camp de Bazancourt, ainsi qu'à une famille juive à la demande d'une amie, modiste à Paris.
Elle assure l’hébergement de réfractaires du STO, de résistants traqués, des membres d'équipages alliés pris en charge par le réseau d'évasion Possum ou encore des Français libres parachutés pour une mission en France qui lui sont confiés pour quelques jours par l’agent de liaison du BOA Robert PELTIER.
Arrêtée le 19 juin 1944 à Gionges dans sa classe, et interrogée au siège de la Gestapo de Châlons-sur-Marne, elle se fait passer pour une fille unique afin de protéger ses frères et sœurs, également engagés dans la résistance.
Elle est incarcérée à la prison de Châlons-sur-Marne, puis elle sest transférée au camp de Romainville.
Le 18 juillet 1944, elle est déportée comme résistante à Sarrebruck Neue Bremm, puis à Ravensbrück où elle reçoit le matricule 47 360.
Le 16 novembre 1944, elle est transférée à Buchenwald ( matricule 15 208 ) et affectée au kommando de Schlieben où elle est libérée le 20 avril 1945 par l'Armée rouge. Elle rejoint les lignes américaines et elle est rapatriée en France par avion le 18 mai 1945.
Elle retrouve sa sœur Berthe qui avait été internée en Allemagne, son frère Lucien qui lui aussi a survécu à la déportation, mais pas son frère Georges, décédé le 13 mars 1945 au kommando de Schörzingen, dont l’annonce de la mort lui cause un immense chagrin.
Yvette quelques semaines avant son arrestation en 1944 et le 14 octobre 2011 lors de l'inauguration du collège portant son nom
Témoigner auprès des jeunes
Yvette LUNDY est devenue une des grandes figures de la Résistance marnaise qui a mis son énergie dans la transmission des valeurs de la Résistance et de la mémoire de la Déportation.
Elle ne cesse de témoigner auprès des jeunes, en particulier dans le cadre de la préparation du Concours national de la Résistance et de la Déportation.
" C'est avec une profonde émotion que je vais rappeler la vie subie dans les camps.
Ma Résistance s'est arrêtée net dès que la Gestapo est venue m'arrêter, puis m'interroger dans les locaux du Cours d'Ormesson à Châlons-sur-Marne.
Ensuite, c'est la prison de Châlons, le fort de Romainville et, toujours sous escorte brutale le petit camp de Neue Bremm.
Là c'est un contact avec les cris et la brutalité.
Préambule à ce qui allait suivre.
Après quelques jours, nous quittons ce camp, entassées à 120 dans un wagon de marchandises, portes plombées et barbelés aux lucarnes.
Il y fait chaud, les odeurs pestilentielles gênent la respiration comme le manque d'air.
Nous avons faim et soif.
Quatre jours, trois nuits.
Quelle angoisse pour aller vers l'inconnu !
Cet inconnu s'appelle Ravensbrück.
Dès l'arrivée à la petite gare de Furssenberg, il faut se ranger « zu fünf », mais chacune ne comprend pas que cela veut dire « par 5 ».
Les hurlements gutturaux écorchent nos oreilles et nous font trembler de peur, le museau des chiens accrochés aux mollets, les coups de crosse de fusil, les coups de gourdin obligent à avancer.
Voilà le portail du camp de Ravensbrück qui paraît nous écraser dès qu'on le franchit.
Choc brutal !
C'est un autre monde : des êtres faméliques, corps amaigris, les yeux creux, têtes tondues se traînent avec leurs guenilles.
En quelques jours nous allons leur ressembler.
Nous passons à la fouille, devons abandonner tout ce que nous possédons : bijoux, vêtements, médicaments, lunettes, chaussures.
Ensuite, c'est la douche commune dans un immense hangar puis la désinfection.
Habillées de guenilles quand il n'y a plus de tenues rayées.
Nous sommes méconnaissables avec les cheveux tondus.
La promiscuité est totale : les voleuses, les criminelles, les prostituées voisinent avec le professeur, l'infirmière, la religieuse.
Ajoutons à cela la cacophonie des diverses langues.
Jamais seule ! Jamais le silence !
L'installation dans le bloc après un appel prolongé se fait sous les cris et les coups de gourdin de ces êtres abjects que sont tous ces SS qu'on ne peut considérer comme des hommes ou des femmes.
Il faut chercher un châlit libre. On s'y blottit afin d'éviter la schlague.
Quelle odeur !
Les déportées qui s'y sont couchées précédemment ont laissé la trace de leur dysenterie, de leurs abcès purulents.
La vermine y règne et s'empresse de se régaler d'un sang neuf.
Quelquefois, nous y sommes à 2 ou 3, en cas de surnombre.
Nous sommes affamées et maigrissons à vue d'œil, car les 200 grammes de pain et la très très maigre soupe, distribués en principe chaque jour, transforment nos corps en squelettes ambulants.
Il faut cependant assister à tous les appels qui peuvent durer jusqu'à 5 à 6 heures par jour, quelquefois durant la nuit.
Nous sommes dans un camp de mort lente, c'est-à-dire que nos bourreaux vont nous faire travailler avec ce qui nous reste de forces.
Combien en sont mortes ! Casser des cailloux dans la carrière, travailler 12 heures de jour ou de nuit, pousser de lourds wagonnets est au-dessus de nos possibilités.
Oui, nous sommes des esclaves, mais notre pensée reste libre, « ils » ne peuvent nous la prendre.
Au cours des longs appels nous nous épaulons et essayons d'accrocher le moral.
Il y avait des examens médicaux, toujours en présence des SS. Nues. Ils ricanaient.
Toutes ces séances furent très pénibles. Je garde un souvenir douloureux d'une terrible humiliation, car devant ces êtres odieux, installées en position adéquate, il a fallu subir brutalement, méchamment, sans hygiène, une visite gynécologique !
Je ne puis oublier les cris déchirants et les pleurs de petites filles tziganes que l'on séparait de leur maman pour les stériliser.
Je ne dois pas taire la cruauté immonde appliquée dans les camps d'extermination, en particulier à Auschwitz-Birkenau où tant de familles juives ont souffert avant d'être exterminées.
Entrer par la porte, sortir par la cheminée !
Nous ne pouvons oublier. Une plaie profonde est toujours prête à saigner.
Nous savons ce que vaut la vie et la Liberté dont elle a besoin.
Nous survivons pour passer un message.
Merci, jeunes lauréats et professeurs de l'avoir compris.
Merci aussi à cette jeune association d'anciens lauréats qui transmet la continuité et les valeurs de ce sacrifice.
Si nous n'étions pas revenus, l'Histoire s'écrirait autrement.
J'ai confiance en une belle jeunesse. "
Allocution d'Yvette Lundy lors de la remise des Prix du Concours national de la Résistance et de la Déportation, à Châlons-en-Champagne, le 30 avril 2000.
Yvette Lundy, grand témoin du n°564 de notre revue "Le Déporté pour la Liberté"
Yvette Lundy est Commandeur dans l'Ordre national de la Légion d'honneur, médaillée militaire, titulaire de la Croix de Guerre 1939-1945 avec palme, de la Médaille de la Résistance française avec rosette, de la Croix du Combattant volontaire, de la Croix du Combattant volontaire de la Résistance, de la Croix du Combattant, de la Médaille de la Déportation pour faits de Résistance et de nombreuses autres distinctions françaises et étrangères.
Visionnez sur notre site internet UNADIF, plusieurs vidéos d'Yvette Lundy, tournées par France-Télévisions, mercredi 20 avril dernier, 2 jours avant ses cent ans :
http://www.unadif.fr/51-marne/vendredi-22-avril-2016-yvette-lundy-fete-ses-100-ans