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L'INFO n° 1 281
Jean Morel nous a quittés, le dimanche 24 novembre 2019, à l'âge de 97 ans.
Nous renouvelons nos plus sincères condoléances à toute sa famille, ses amis et frères d'arme.
Ils ne sont plus que deux désormais...
Jean Morel, un des 177 du Commando Kieffer
J'apprends avec tristesse la disparition de Jean Morel à l'âge de 97 ans. Il était l'un des trois derniers survivants des 177 bérets verts conduits par Philippe Kieffer à avoir débarqué sur Sword Beach au matin du 6 juin 1944.
Malouin d'origine, Jean était né dans le XVe arrondissement de Paris le 27 septembre 1922. Entré à l’École des Mousses en 1939 avant de s’engager en novembre 1939 dans la Marine nationale pour faire son apprentissage de radio, Jean fait partie des premiers Français à quitter leur pays en juin-juillet 1940, à 18 ans.. À bord du « Pourquoi pas », sablier de 8,50m, Jean et 31 autres évadés de France parviennent à quitter le port de Carantec puis à rallier Plymouth, le 4 juillet 1940, après 31 heures de traversée. Conduit à Portsmouth, il rallie la France Libre. Transféré au dépôt de l’Olympia Hall, il embarque rapidement à bord de la « Reine des Flots » puis sur l' « Arras » à Portsmouth.
C’est au cours de ses visites au dépôt de Portsmouth, qu’il rencontre Philippe Kieffer qui cherche un radio pour sa future unité commando. Volontaire de la première heure pour participer à ce projet, il suit le deuxième stage commando à Achnacarry avec Charles Trépel et Philippe Kieffer (qui vient déjà de subir le stage commando avec le premier groupe et renouvelle avec le second). Sa troop s’installe au n°2 commando à Ayr puis à Criccieth. Il participe au défilé du 14 juillet 1942 devant le général De Gaulle et l'amiral Muselier. En 1943, Jean Morel est détaché de la troop 1 pour devenir instructeur à la troop 8. Il fait partie de l’équipe formée à Ringway pour un raid commando parachutiste sur Lorient qui n’aura jamais lieu. Il faisait partie de l’équipe devant sauter sur Vannes pour détruire ensuite la base sous-marine de Lorient. Le raid fut annulé au dernier moment car voué au suicide. Ainsi, il est également l’un des premiers commandos marine à avoir été breveté parachutiste.
En tant que l’un des premiers volontaires pour les commandos, Jean portait le badge n°20, bien qu’il devait initialement porter le badge 9 ou 10 (Kieffer l'avait rétrogradé dans la liste à cause d’une « bêtise »).
Jean Morel débarque le 6 juin 1944 à Colleville. Tombé entre deux barges, il manqua de se noyer. Sur la plage, il prendra l’arme d’un camarade blessé. Chargé par Kieffer d’effectuer une jonction avec les hommes de la troop 8 lors des combats dans Ouistreham, il dut courir sous le feu des mitrailleuses allemandes et eut pour l’occasion la peur de sa vie. Blessé à la jambe et au bas ventre à Bavent, il fut rapatrié inconscient en Angleterre, avec le béret vert et la dague qu’un de ses camarades lui avait mis entre les mains. Blessé trop grièvement, il ne revint jamais au commando et ne fit pas la campagne des Pays-Bas.
Démobilisé à Cherbourg en 1946, Jean refusa de passer devant une commission (d’ancien vichystes) qui lui demandaient de « baisser son froc » pour attester de sa blessure. Il ne reçut donc pas de médaille des blessés ni de pension. Il fit ensuite de nombreux métiers : démineur, docker, électronicien.
Ce n’est qu’en 1983, qu’il reviendra sur le lieu des combats de Normandie avec sa femme. Passant devant le musée du n°4 commando, celle-ci voulut le visiter. C’est là qu’il vit Léon Gautier. Celui-ci ne le reconnut pas et lui expliqua l’histoire du 1er BFMC alors que Jean regardait la liste des noms. Il sortit alors sa carte d’identité. C’est lors de cette soirée à parler souvenirs que la femme de Jean Morel découvrit l’histoire de son mari. Il avait gardé tout cela au fond de lui et n’avait jamais raconté son histoire à personne.
D’une grande gentillesse, Jean Morel était le premier vétéran à qui j’avais parlé, il y a des années de cela, lorsque j’avais 16 ans et que cette passion débutait.
Jean était un homme en or, humble, discret et généreux qui manquera à tous ceux qui le connaissaient. Selon une promesse faite avec ses camarades Robert Piaugé et Michel Vincent, chacun d'entre-eux devait se faire enterrer avec un accessoire pour "se retrouver là-haut" et fêter ça : champagne, flutes et gâteaux. Jean Morel avait donc toujours avec lui un paquet de gâteaux, « au cas où ». Maintenant qu’il a rejoint ses camarades, nous leur souhaitons tous de très bonnes retrouvailles !
Benjamin MASSIEU
SOURCE :
https://www.facebook.com/CommandantPhilippeKieffer/posts/3084393381576289
La cérémonie religieuse a eu lieu mardi 3 décembre en l'église de Paramé