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Reinhold Hanning, ancien garde d'Auschwitz jugé en Allemagne à 94 ans, a écouté hier en silence le récit d'un rescapé du camp au premier jour de son procès, sans s'exprimer sur son propre rôle dans la Shoah.
« Nous avons presque le même âge. Nous ferons bientôt face à nos derniers juges », lui a lancé Léon Schwarzbaum, 95 ans, l'exhortant à expliquer pourquoi 35 membres de sa famille « et des millions de Juifs, de Roms et d'autres » ont été exterminés par les nazis.
Jugé pour « complicité » dans le meurtre de 170 000 personnes entre janvier 1943 et juin 1944, l'accusé est entré à petits pas dans une vaste salle de Detmold (Ouest), où le procès a été délocalisé en raison de l'affluence médiatique et de la présence d'une quarantaine de parties civiles venues des États-Unis, du Canada ou d'Israël.
Scruté par plus de 200 personnes, M. Hanning a laissé ses deux avocats décliner son état civil, et n'a pas dévié le regard de la table installée devant lui.
Il compte « écouter les témoins » avant de décider s'il prend la parole, a expliqué sa défense.
L'une des figures de proue du négationnisme allemand, Ursula Haverbeck, 87 ans, a tenté d'assister au procès. Prise à partie par plusieurs membres du public, elle a été éloignée par la police.
Reinhold Hanning, dont l'état de santé ne permet que deux heures d'audience par jour, encourt 3 à 15 ans de prison, un risque essentiellement théorique vu son âge. Parquet et parties civiles attendent surtout une condamnation de principe, martelant qu'il faut poursuivre « jusqu'au bout » les criminels nazis.
Il est le troisième accusé d'une vague de procédures entamées en 2011.
Le parquet ne reproche à Reinhold Hanning aucun geste criminel précis mais l'accuse d'avoir été l'un des « rouages » de l'extermination. À la différence des précédents procès, l'accusation ne se limite plus aux meurtres dans les chambres à gaz, mais englobe les exécutions sommaires et « l'extermination par les conditions de vie ».
Moins de 50 SS condamnés sur les 6 500 qui ont survécu
Avec ces ultimes procès, il s'agit de rattraper « les manquements de la justice allemande », rappelait Christoph Heubner, vice-président du Comité International Auschwitz. Sur les 6 500 SS du camp qui ont survécu à la guerre, moins de 50 ont été condamnés, dans un climat longtemps marqué en Allemagne par l'envie de tourner la page, et l'influence des anciens nazis.
Léon Schwarzbaum, déporté à 22 ans depuis le ghetto polonais de Bendzin, à 50 kilomètres d'Auschwitz, a décrit la faim, la soif, le labeur épuisant et surtout la terreur constante de mourir, alimentée par les exécutions régulières, les candidats à l'évasion tués par les chiens et laissés en évidence, et la vision des convois partant pour les chambres à gaz.
« J'en rêve encore souvent », a confié cet ancien antiquaire, né à Hambourg et venu vivre à Berlin après guerre. Malgré l'invasion de la Pologne par le Reich, a-t-il expliqué, sa famille n'a pas perçu d'emblée la menace parce que son père voyait les Allemands « comme des poètes et des philosophes ».
Source : La Dépêche du Midi – Vendredi 12 février 2016