L'INFO n° 1 463
3 septembre 1943 - 3 septembre 2O24
IL Y A TOUT JUSTE 81 ANS !
CONVOI DU 3 SEPTEMBRE 1943 COMPIEGNE – BUCHENWALD
Transport parti de Compiègne le 3 septembre et arrivé au KL Buchenwald le 4 septembre 1943
Effectif recensé : 943 hommes
Matricules extrêmes : 2O OO1 – 2O 898
Evadés durant le transport : 19 (2 %)
Libérés par les autorités allemandes : 2 (O,2 %)
Décédés et disparus en déportation : 414 (43,9 %)
Rentrés de déportation : 415 (44 %)
Situations non connues : 93 (9,9 %)
C’est le deuxième grand transport parti de Compiègne à parvenir à Buchenwald. Il est formé peu de temps après la décision des dirigeants allemands d’ouvrir une usine souterraine dans la colline du Kohnstein pour la construction des fusées.
Les déportés sont en très grande partie des jeunes réfractaires au Service du Travail Obligatoire (STO) arrêtés au cours des semaines précédentes, et beaucoup d’entre eux l’ont été en tentant de franchir les Pyrénées pour passer en Afrique du Nord.
La présence de Saint-Cyriens comme Bernard d’Astorg et Hélie de Saint-Marc est significative. Quelques déportés ont été pris au cours d’incidents dans des trains de STO partant pour l’Allemagne, comme à Mézidon (dans le Calvados) le 3O juin 1943.
Les motifs d’arrestation ne manquent pas en raison des actes hostiles qui se multiplient. La lutte de la police de Vichy contre les communistes remporte quelques succès comme à Nantes en janvier-février 1943, où la Brigade spéciale arrête 23 personnes qui sont livrées aux Allemands. 11 d’entre eux sont fusillés le 25 août à Nantes, et 3 le seront en novembre à Stuttgart. 8 autres partent pour Buchenwald.
Au total, 943 hommes quittent Compiègne le 3 septembre. Il s’agit de 862 Français et de 81 étrangers, dont 28 Belges, 21 Néerlandais et 2O Polonais. De nombreuses évasions se produisent. Une partie des évadés sont repris.
5 évasions ont lieu à Châlons-sur-Marne et la plupart des autres dans la Moselle annexée, par exemple à Feltre, au sud de Metz. Au total, 19 évasions sont connues comme ayant été réussies. Quant aux 28 évadés repris, ils sont emprisonnés à Metz, puis à Sarrebruck, et transférés ensuite à Buchenwald le 21 septembre (13), le 28 septembre (1O), ou plus tard.
Le train arrive le 4 septembre à la gare de Weimar, et les déportés gagnent Buchenwald à pied. Comme tous les nouveaux venus, ils vont dans les Blocks de quarantaine avant l’envoi éventuel dans des Kommandos extérieurs.
De l’avis général, ceux qui sont alors transférés au Kommando de Schönebeck pour travailler à l’usine Junkers sont favorisés. Les travailleurs manuels qualifiés, ou supposés tels, étaient à l’époque recherchés.
Il existe deux mauvaises destinations, qu’on appelle Dora et Laura.
On a recensé 472 personnes, ce qui représente 5O % de l’effectif au départ de Compiègne, qui ont été transférées de Buchenwald à Dora les 28 et 29 septembre 1943. Elles constituent le premier groupe français qui a dû affronter ce qu’on a appelé « l’Enfer de Dora ». Il s’agissait d’un chantier souterrain consistant à implanter une usine moderne dans un ensemble de galeries servant jusque-là à abriter des réservoirs d’hydrocarbures et diverses matières premières.
Il a fallu tout improviser dans la confusion et la précipitation – s’agissant d’armes secrètes – avec un matériel de manutention rudimentaire. Il a fallu réaliser les raccordements ferroviaires, routiers, électriques, etc. Dans toutes ces tâches des détenus inexpérimentés étaient encadrés par des détenus « verts » toujours prêts à cogner.
En outre les détenus étaient eux-mêmes logés dans le « Tunnel de Dora » dans des conditions d’hygiène déplorables, aucun camp n’ayant été créé dans le voisinage. Ces conditions extrêmes ont subsisté jusqu’à la fin du premier trimestre de 1944.
1O1 des déportés de ce transport sont morts à Dora avant le 31 mars 1944.
86 malades ont été transférés au camp « de repos » de Lublin-Maïdanek en janvier et février et 82 y sont morts. Au moins 67 malades ont été transférés au camp de Bergen Belsen en mars et la plupart ont disparu.
Peu après le transfert vers Dora, le 9 octobre 1943, au moins 29 autres détenus français sont arrivés au Kommando de Laura, situé à Lehesten, au sud de la Thuringe. Il fallait y transformer une ardoisière en un centre d’essais pour moteurs de fusées. L’un de ces détenus, Paul Adgé, un Saint-Cyrien arrêté au passage des Pyrénées, a écrit sous le titre Un Kommando nommé Laura un récit très documenté, à la fois personnel et historique.
Un autre témoin important est son camarade Aimé Bonifas, un étudiant arrêté lui aussi au passage des Pyrénées. Il sera ensuite transféré à Wieda, près de Dora, pour des travaux ferroviaires, et échappera finalement de peu à la tragédie de la grange de Gardelegen, en avril 1945. Son récit intitulé Détenu 2O8O1 dans les bagnes nazis est un des meilleurs textes sur cette période. Le troisième témoin sur Laura est Jean-Paul Garin, un étudiant en médecine lyonnais. Il a publié La Vie dure sur cette expérience.
Ceux qui ont été alors admis au grand camp de Buchenwald n’y sont pas nécessairement demeurés jusqu’à la fin. Hélie de Saint-Marc a été transféré à Langenstein. D’autres au KL Flossenbürg.
La situation de 93 déportés n’est pas connue. 59 d’entre eux sont des étrangers.
Cette page est extraite du Livre-mémorial des déportés de France arrêtés par mesure de répression et dans certains cas par mesure de persécution 194O-1945 - Fondation pour la Mémoire de la Déportation - Copyright 2OO4 - Editions Tirésias.
Gérard Bocquery
Secrétaire général adjoint national de l’UNADIF-FNDIR
Président départemental de l’UNADIF-FNDIR de l’Oise