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CONVOI du 17 JANVIER 1944 COMPIEGNE - BUCHENWALD

 

L'INFO  n° 1 465

 

 

Il y a 81 ans aujourd'hui ! 

 

17 / O1 / 1944     -     17 / O1 / 2O25

 

 

 

 

Transport parti de Compiègne le 17 janvier 1944 et arrivé au KL Buchenwald le 19 janvier 1944

 

 

Effectif recensé : 1 943 hommes

Matricules extrêmes : 39 441 – 41 374

 

 

Situations :

 

Evadés durant le transport : 9 (0,5 %)

Décédés durant le transport : 2 (0,1 %)

Libérés par les autorités allemandes : 3 (0,2 %)

Décédés et disparus en déportation : 725 (37,3 %)

Rentrés de déportation : 935 (48,1 %)

Situations non connues : 269 (13,8 %)

 

 

Ce transport est le sixième des grands transports partis de Compiègne depuis juin 1943 à être dirigés successivement vers Buchenwald. Il concerne près de 2 000 déportés alors que les cinq précédents en concernaient chacun moins de 1 000. On constate à cette époque une nette accélération de la déportation de masse car, dans les dix jours qui suivent, deux autres transports de même importance, ceux du 22 janvier et du 27 janvier, le suivent entre Compiègne et Buchenwald. Peut-être le nom de code Meerschaum (écume de mer) s’appliquait-il à l’ensemble de cette « opération ». Au total, 4 650 déportés avaient été concernés entre juin et décembre 1943, alors que 5 506 le sont par les trois convois de janvier 1944.

 

Les dates d’arrestation connues des déportés de ce transport sont variables. Certains étaient emprisonnés depuis novembre 1941. D’autres appartenaient à des réseaux touchés au milieu de 1943, comme celui de Buckmaster en juillet en Seine-et-Oise, Ceux de Libération en juillet dans l’Aube, Libé-Nord en août à Amiens. Puis les Allemands ont procédé à des démantèlements de groupes de résistants, ou à des rafles de plus en plus importantes. Dans le Puy-de-Dôme, c’est, le 25 novembre 1943, la rafle de l’Université de Strasbourg à Clermont-Ferrand, puis le 12 décembre, la prise de 24 otages à Saint-Maurice. En Haute-Savoie, l’Armée secrète est sérieusement touchée à Annecy, à Annemasse, à Chamonix. L’opération la plus notable est la rafle de Grenoble au moment des manifestations du 11 novembre 1943. 396 des hommes raflés sont transférés à Compiègne. A l’inverse, en janvier 1944, il n’y avait plus dans ce camp, à la différence des mois précédents, que peu de prisonniers ayant cherché à franchir la frontière espagnole.

 

Les 1 943 déportés du 17 janvier 1944 comprennent 1 506 Français et 437 étrangers, dont 232 Espagnols (et 8 nés en Andorre), 77 Italiens, 22 Polonais, 17 Néerlandais, 15 Belges et 9 apatrides. Les Espagnols républicains étaient déjà internés. Des Italiens venaient de Grenoble.

 

Le convoi de déportation est constitué de wagons à bestiaux, avec une centaine de prisonniers par wagon. Il part de la gare de Compiègne le 17 en fin de matinée et franchit la frontière allemande le 18 à la fin de la nuit. Cette première partie du trajet est marquée de nombreux arrêts, du fait de tentatives d’évasion. Une seule réussit à Audun-le-Roman, peu avant de passer en Moselle annexée. En pleine nuit, les prisonniers d’un wagon ont dû se déshabiller et ont été transférés nus dans un autre wagon, libre à cet effet.

 

Le trajet en Allemagne le 18 est marqué par un arrêt en gare de Trèves où un peu de soupe est distribuée, puis par un long arrêt en gare de Coblence. Il faut encore une autre nuit très éprouvante (marquée par le manque d’air et la soif) avant l’arrivée à Buchenwald en début d’après-midi, le 19 janvier.

 

Les nouveaux venus sont envoyés dans les Blocks de quarantaine du petit camp selon le processus habituel.

 

Rapidement, entre le 10 et le 17 février 1944, d’importants transferts par camions ont lieu vers le camp de Dora. Ils intéressent plus de 600 Français, qui sont immédiatement logés dans « le Tunnel ». Une autre proportion importante des déportés, quelque 300 personnes, est orientée vers le camp de Flossenbürg, avant d’être répartie entre ses divers Kommandos. Quelques autres accompagnent ensuite, de Buchenwald à Mauthausen, des déportés du transport de Français arrivé le 24 janvier.

 

En février 1944, c’est encore l’Enfer à Dora ; des nouveaux venus y meurent rapidement ou sont envoyés au « camp de repos » de Bergen-Belsen en mars. Puis la situation s’améliore quand de nombreux détenus deviennent de soi-disant spécialistes pour la fabrication de la fusée A4, c’est-à-dire la V2. Jusqu’en avril 1945, les spécialistes français de l’usine Mittelwerk sont souvent des déportés des deux premiers transports arrivés en janvier au KL Buchenwald, dont le destin a été identique.

 

Trois témoins ont laissé des oeuvres intéressantes. Jean-Paul Renard, curé dans la Somme arrêté en 1942, a poursuivi son sacerdoce dans la clandestinité à Dora. Il a publié un recueil de textes, souvent des poèmes, sous le titre Chaînes et Lumières. Gustave Leroy, colonel d’aviation, est l’auteur d’un autre recueil de poèmes, A chacun son dû. Il sera général d’armée aérienne. Jean-Henry Tauzin, arrêté en 1941, a fait le récit d’un parcours éprouvant de Laura à Ellrich et au Revier de Dora où il est libéré, dans Quatre ans dans les bagnes hitlériens.

 

Le biologiste Alfred Balachowski, transféré à Dora, est ramené en secret à Buchenwald au Block 50, où se trouve Eugen Kogon, et participera avec lui en septembre au sauvetage par substitution d’identité de Stéphane Hessel et deux Anglais, menacés d’exécution. Il sera membre de l’Académie des sciences.

 

Il est difficile de faire un bilan clair sur la mortalité dans ce transport. Le fait que les « situations » non connues, au nombre de 270, comprennent 171 étrangers (sur 437), ne facilite pas les recherches. Si on met de côté ces situations non connues, on en est à 56,3 % de rentrés et à 43,7 % de décédés.

 

André Sellier

 

 

 

 

Cette page est extraite du Livre-mémorial des déportés de France arrêtés par mesure de répression et dans certains cas par mesure de persécution 1940-1945 - Fondation pour la Mémoire de la Déportation - Copyright 2004 - Editions Tirésias.

 

 

Gérard BOCQUERY Secrétaire général adjoint national de l’UNADIF-FNDIR

Président départemental de l’UNADIF-FNDIR de l’Oise (ADIF de l’OISE)

 

 

 

 

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