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ADIF-FNDIR du Nord et du Pas-de-Calais (59 et 62)
Villeneuve-d’Ascq :
l’Allemagne ne passera jamais l’éponge sur le massacre d’Ascq
La justice allemande poursuit trois vieillards pour leur implication présumée dans le massacre d’Ascq. Trop tard ? Non, répond le germaniste Jérôme Vaillant pour qui cette décision a moins une valeur judiciaire que pédagogique contre la banalisation des crimes nazis.
On a appris vendredi que le parquet de Dortmund (D) pour les crimes nazis a lancé des poursuites contre trois anciens membres de la division SS Hitlerjugend. Les trois nonagénaires sont poursuivis pour une participation supposée au massacre d’Ascq en avril 1944.
Cet acte de justice pose question : quel sens y a-t-il à poursuivre des criminels présumés plus de 70 ans après les faits ? Pour le professeur Jérôme Vaillant, directeur de la revue Allemagne d’aujourd’hui (Presse universitaire du Septentrion, Villeneuve-d’Ascq), la portée de cet acte est « moins judiciaire que pédagogique ».
Deux points de vue s’affrontent : « D’un côté, il y a ceux qui se demandent à quoi ça rime de poursuivre des personnes de plus de 90 ans, très susceptible d’attirer la compassion du public. Contre ce point de vue, il y a le rappel au passé pour provoquer la confrontation et ne pas en perdre la mémoire. »
Jérôme Vaillant rappelle que, dans l’histoire allemande de l’après-guerre, tous les responsables politiques qui ont voulu refermer le dossier de la Seconde Guerre mondiale ont obtenu l’effet inverse en provoquant un vaste débat de société. Particulièrement depuis la fin des années 1960, la démocratie allemande fait face à son histoire. La chancelière Merckel n’hésite pas à dire que l’holocauste fait partie de la mémoire allemande.
Mais pourquoi revenir à la charge aussi longtemps après ? « C’est l’impression qu’on peut avoir ici parce qu’Ascq se retrouve dans cette actualité. Mais tout cela est lié au débat des années 1960 au terme duquel l’Allemagne a décidé du caractère imprescriptible des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. »
Que risquent les trois ex-membres de la SS ? « En 2011, John Demjanjuk, un gardien d’origine ukrainienne du camp de Sobibor a été condamné à 5 ans. » Une condamnation est donc possible. C’est tout ce que demandent les descendants des massacrés.
Les faits reprochés
Andreas Brendel, procureur général du parquet de Dortmund en charge des crimes nazis, a donné quelques précisions sur les faits reprochés aux trois vétérans SS. Selon nos confrères allemands, les trois hommes sont poursuivis pour un ensemble de faits commis entre avril 1944 et la fin de la guerre en mai 1945. « Ascq est le cas le plus grave » a souligné le procureur (en photo, les funérailles des massacrés) dont les investigations concernent un vaste territoire regroupant la France, l’Italie et l’Europe de l’Est. Parmi les autres crimes évoqués, le meurtre d’un parachutiste de l’armée des États-Unis. Andreas Brendel a confirmé que l’enquête durait depuis plusieurs années.
Les enquêteurs étaient à Ascq en 2014
Selon Jacqueline Duhem, auteur du livre Ascq 1944, un massacre dans le Nord, (Éd. Les Lumières de Lille) et membre de la Société historique de Villeneuve-d’Ascq et du Mélantois (SHVAM), l’action de justice contre les ex-membres de la Hitlerjugend a commencé depuis longtemps : « Nous n’avions pas le droit d’en parler mais la SHVAM a reçu la visite d’enquêteurs allemands en 2014. Ils ont, entre autres choses, pris des mesures, posé des questions à Sylvain Calonne, le président de l’association… »
Alors que l’identité des trois personnes poursuivies n’est pas encore connue, l’historienne se demande quel rôle ils ont pu jouer en 1944 : « On sait que trois des membres de l’unité avaient alors moins de 18 ans. En revanche, les responsables étaient d’anciens sous-officiers du front russe, sensiblement plus âgés » et probablement morts aujourd’hui.
Jacqueline Duhem va bien sûr rester très attentive à la suite des événements. D’autant qu’un nouvel ouvrage doit être publié en mai de cette année. Il sera cette fois consacré aux Crimes et criminels de guerre allemands, de 1940 à nos jours, histoire et mémoire.
On y parlera des massacres de 1944 à Oignies, Carvin, Wahagnies…, de la répression au quotidien, et le massacre d’Ascq et ce rebondissement judiciaire y auront toute leur place.
F. B.
Source : La Voix du Nord